Entretien au coin du Net avec...

...ALAIN GOUT



Depuis qu’il participe à nos discussions sur le Net, Alain GOUT, ancien directeur de la collection Signe de Piste nous a fait part de ses réflexions et avis sur un certains nombre de sujets abordés en commun.

Nous avons sélectionné quelques uns de ces sujets  ci-dessous. Les réponses d’Alain sont prises sur le vif, ce qui leur ajoute un intérêt supplémentaire. Ce sont souvent des réponses à des questions soulevées par les participants au Forum ou des réflexions inspirées par le sujet abordé par les netteurs.

   

A ce jour Alain GOUT est à la fois responsable de la ligne jeunesse des éditions Delahaye   (Campus, S2P, rééditions des albums Joubert etc. …) et bouquiniste (via Internet) spécialisé dans le livre d’aventure Jeunesse et les Signes de Piste (Mowgli).

NB :Depuis la reprise de la collection Signe de Piste par les éditions Delahaye, Alain Gout en est le directeur littéraire.



1- Sur la collection Signe de Piste :

- On a souvent reproché à Signe de Piste d'être des romans traditionnalistes voire plus ?

- La "ligne traditionnelle" a été abandonnée par Foncine et Dalens en... 1954.
Et dans le style avant-gardiste, on n'a jamais fait mieux que Rubans Noirs !
Opération Préludes, très "gentil" aujourd'hui, à l'époque, c'était très décapant, comme l'ensemble de d'Izieu.
Le Coup d'envoi, Grand Jeu, ça y allait fort aussi.
Et le Bal d'hiver ?
etc, etc.
Dans le "tradi", il y a évidemment Le Prince Eric, mais pas... les Voleurs.
Et dans le mérovingien, nombre de titres d'avant 54, aujourd'hui illisibles (à l'époque aussi, d'ailleurs).
Non, dans SDP, il n'y a pas beaucoup de tradi et un peu de moderne, il y a une diversité permanente, comme un kaléidoscope


- Les oeuvres de Jean de la Hire ou d'Arnould Galopin  ont-elles des chances d'être un jour rééditées, comme précurseurs de Signe de Piste ?

- Jean de La Hire et Arnould Galopin, c'est déjà des ancêtres. Faut voir s'ils sont tombés dans le domaine public. Autrefois, un auteur tombait dans le domaine public 50 ans après sa mort. A quoi on a rajouté les deux guerres de 14-18 et 39-45. Ensuite, la loi a été prolongée à 70 ans.
Oui mais, les évènements d'Algérie sont devenus une guerre, alors faut voir si ça se rajoute (j'ai pas encore eu le cas, donc je ne me suis pas renseigné).
Le passage de 50 à 70 a déjà foutu un joyeux bordel. Démonstration :
Kipling est mort en 37. En 86, je me dis, chic, on va pouvoir lancer une nouvelle édition du Livre de la Jungle, en oubliant la médiocre traduction de Fabulet et d'Humières, et en demandant une nouvelle traduction à François Chagneau. Avec joubertisation du dessin. Avec le passage à l’échéance des 70 ans, pourrais-je rééditer ce livre avant 2007 ?????
Réimprimer, peut-être, mais comme il y a changement d'éditeur, ce serait une réédition. Dur, dur.
Alors si, en plus, il faut ajouter le temps de la guerre d'Algérie, je serai mort
avant de rééditer ce livre.
Bon, revenons à tes chers auteurs.
Etienne de Vignoles, dit La Hire, est mort en 1443? Ca devrait être bon.
Oui, mais c'est pas le bon ! Quelle horreur ! Le Dictionnaire usuel illustré Flammarion connaît ce compagnon de Jeanne d'Arc, et il ignore Jean de La Hire. Désolant !
Bon, alors on se contentera d'autres sources. Ce serait 1878-1956 (étonnant, non ?). Admettons. Dans ce cas, il faut l'accord des ayants droit, s'il y en a.
Voici ce qu'on fait.
Entre éditeurs, on écrit à l'éditeur (ou aux éditeurs) habituel(s) de l'auteur, en leur expliquant que l'on souhaite rééditer telle ou telle oeuvre. On leur demande l'adresse des ayants droit. Si l'éditeur poursuit l'exploitation de l'oeuvre, il doit normalement avoir une adresse.
En cas d'échec, on tente souvent le coup sans autorisation, en publiant éventuellement un avis de recherche dans Livres Hebdo, et on publie en provisionnant des droits d'auteur.
En général, ça passe.
Pour Arnould, même topo.
Que dire d'autre sur lui ?

Souvent trop méconnu des lecteurs, Georges Ferney a-t-il eu une influence sur la collection ?

- Ferney est un génie intersidéral du roman scout, bien trop méconnu ou minoré ! Quelqu'un a-t-il d'autres infos sur lui que celles dispo chez Guérin et sur le site des Amis du Signe de Piste.

Avant l'arrivée de Dalens et Foncine, en 54, c'est lui qui guidait et conseillait Mlle Gilleron, la directrice, dans le choix des manuscrits. Il aurait pu devenir directeur de la collection, sans la prise de pouvoir Foncine-Dalens...
Il a aussi rewrité beaucoup de bouquins. On en voit une trace dans l'adaptation en français des CHASSEURS DE FANTOMES, fait avec Jean d'Izieu.
D'une vision allemande de la Provence, il a fait un roman à la Pagnol.
Encore un bouquins bien trop méconnu...
Ses meilleurs bouquins ?
Fort Carillon, bien sûr, même avec les rides de l'âge (mais que dire, alors, des d'Izieu, ou du Prince Eric ?), le Château perdu, assez époustouflant.
Et puis il y a aussi les livres parus sous autres pseudos : Geoffrey X. Passover, Georges Calissane


Vente du label Signe de Piste :

-Signe de Piste est passé d'éditeur en éditeur ?

Effectivement, le label SDP a été vendu par Fleurus. Fleurus, filiale de Media Participations, holding richissime qui s'était donné pour mission d'éditer "d'évangéliser la famille, au niveau européen", a laissé tomber la seule collection pour adolescents d'inspiration chrétienne (ou "démocrate-chrétienne"). No comment.
 
Premier contact du futur acheteur, les Editions Carnot, avec moi au Salon du Livre de Paris en mars 2002. En avril, cet éditeur a dit qu'il faisait du rachat du label une condition au lancement de son département jeunesse, et à une association avec les Editions Alain Gout
Puis, en juin, il voulait une simple collaboration.
Il a rencontré Fleurus en juillet, et l'accord a été donné par Fleurus en décembre 2002.
Achat concrétisé en février, avec la création par Carnot, d'une filiale jeunesse : Signe Jeunesse.
Filiation transparente...
Rachat des stocks SDP Fleurus, qui ont atterri chez moi (en dépôt), pour vente aux particuliers et aux libraires.
 
Entre février et octobre, aucune nouveauté sortie, aucun signe de démarrage, alors que je devais piloter ce nouveau redémarrage SDP.
Depuis mon dépôt de bilan, plus de nouvelles. Aucune nouveauté. Signe Jeunesse est bien propriétaire du label, mais ne publie pas...
A suivre... mais sans grand espoir de démarrage

- On a entendu parler d'un film réalisé d'après le roman "Hier la liberté" de Jean-Louis Foncien et Jean-François Pays

- En fait, le livre est davantage de Jean-François Pays que de Foncine, même
si tous les deux étaient sur la même longue d'onde.
Le pessimisme (sur la nature humaine), est plus dans la philosophie de  Jean-François.
On le retrouve dans "Le Sorcier aux yeux bleus".
Le film a été tourné à Malans, et les photos qui illustrent le livre (qui sont de Jean-François), sont les photos du tournage.
Au même moment, je faisais un camp avec ma troupe de rangers poilus des  jambes (12-16 ans...).
On a fait aussi un audiovisuel avec Foncine en "vieux pécore alcoolo et  atrabilaire" (c'était son emploi, cet été-là).
Madame Foncine en avait fait partie. J'ai quelque part une photo d'elle, poursuivant un Ayack terrorisé, armée d'un martinet à 9 queues tiré de la collection personnelle de son mari.
Pas piqué des hannetons, la photo ! Il faudra que je la retrouve un jour  pour mettre dans son book...
Ca avait donné un audio : "Malans tendu", qui lui, ne donnait pas dans le  pessimisme...

-Que pensez-vous des dissertations parfois polémiques  des membres du Forum sur les romans et leurs auteurs ?

- C'est toujours avec gourmandise que je lis vos impressions de lecture (il y avait déjà eu, avant, des réflexions assez croustillantes d'Alain, sur Matricule 512, La Forêt qui n'en finit pas, Faon l'héroïque, L'Equipe des 4 nations, Les Douze corbeaux. Des corbeaux, qu'il situe entre Bibi Fricotin et Rilke, il fallait le trouver...

C'est intéressant, car ce sont vraiment les réactions du public, enfin, au moins du public adulte.

Pour "La Châsse de saint Agapit", j'ai régulièrement des demandes d'achat ,  en occasion, venant de collectionneurs. J'ai relu ce livre, en vue d'une éventuelle réédition, ce qui m'a semblé... impensable. Je ne sais ce qu'en pensent ces acheteurs quand ils le relisent 30 ou 50 ans après, mais ils ont dû être sacrément marqués quand ils avaient 12 ans...

Pour "Opération Préludes", c'est différent. Bien sûr, les moeurs sont complètement dépassées : le flirt des deux héros est à se taper sur les cuisses, et encore plus la réaction de ce scout qui se sent abandonné, lâché, trahi parce qu'il a vu ces deux jeunes gens marcher côte à côte dans la rue! On croit rêver.
Mais c'est aussi un livre remarquablement écrit, les sentiments et l'évolution psychologique sont analysés avec finesse. La progression dramatique est bien ficelée. (On pourrait dire la même chose de "Signé Catherine..."). "La Recherche du temps perdu", "Les Thibauds", etc, évoquent aussi des mondes disparus et désuets. C'est le talent de l'auteur qui séduit
le lecteur.
Par contre, je me pose des questions sur les jeunes filles d'aujourd'hui qui me disent être enthousiasmées par Christine. Ils semblent qu'elles lisent ce livre au premier degré, et que la relation de Christine et de son copain soit leur rêve secret... Assez étonnant. Mais pourquoi pas ?

 
- Pourquoi a-t-on aimé si fort ces livres, ces auteurs quand chacun de nous était un(e) adolescent(e), et pourquoi nous ont-ils marqués au point de passer des heures à en parler, 10, 20, 30 ans plus tard ?
 
Pourquoi relisons-nous aujourd'hui (et presque uniquement ces livres, car je ne pense pas qu'il y ait de tels ''fans clubs'' pour les collections concurrentes de l'époque .

Et comment analyser l'écart, ou plutôt le fossé béant qui existe entre une lecture d'adolescent et une lecture d'adulte ?...

- Pour beaucoup de gens, la collection, comme les scouts, est une collection traditionnaliste, voire "facho". C'est souvent intolérable.

-  Je partage tout à fait ton "ras le bol" face à ceux qui ont des idées toutes faites et arrêtées sur le scoutisme ou sur SDP. Combien de fois les ai-je entendues, chez les libraires, dans les salons du livres, dans la presse !...
Il y a ceux pour qui c'est "facho", d'autres pour qui c'est "catho" (au sens ''tradi'' ou intégriste, bien sûr), d'autres enfin pour qui c'est "homo". Mais ces gens sont toujours incapables de passer à la démonstration, d'étayer sur des exemples précis et incontestables ce qu'ils avancent.
 
Ils n'ont généralement RIEN LU, ils n'ont pas été scouts, mais ils SAVENT. Les plus innocents, et les plus manipulés, propagent les rumeurs qu'ont initiées, dans une stratégie de guerre idéologique, les politiques. Les critiques les plus anciennes sont venues, en ce qui concerne Signe de Piste (je connais moins bien le volet scoutisme) du PC, et, en particulier de la CGT de Renault-Billancourt, puis de militants s'exprimant dans les revues de critique de littérature de jeunesse (toujours très orientés politiquement, et toujours dans le même sens), puis, plus récemment, des trotskistes.
 
Je range dans le même sac les intégristes et les adeptes du FN qui regardent la collection avec les yeux de Chimène et qui ont tenté à plusieurs reprises de la récupérer, sans se rendre compte que leur baiser de Judas était, pour la collection (comme pour le scoutisme), un baiser de mort...
 
Le scoutisme, comme SDP, est étranger à ces dérives. Les gens qui ont "fait" le scoutisme, ou SDP, étaient de sensibilités et d'opinions trop différentes pour qu'une orientation extrême, comme cela est reproché, ait pu être donnée. Et, surtout, n'ayant pas de commissaires politiques sur le dos, ils ont fait et écrit ce qu'ils voulaient. Bien sûr, le scoutisme et SDP étaient catholiques. Mais ce n'était pas la rampe d'accès au grand séminaire ! Tout le monde, autrefois, était plus ou moins catholique, plus ou moins pratiquant. Bien sûr, chacun a eu ses égarés et ses brebis galeuses. Tout corps social a les siennes, cela n'a jamais rien prouvé.
 
Quand on a la cervelle pas trop décomposée, que l'on examine et juge honnêtement et en toute bonne foi, il n'y a aucun sujet que l'on ne puisse traiter. C'est la raison pour laquelle j'ai applaudi des deux mains aux sujets que j'ai vus traités, depuis 6 semaines que je fréquente (assidûment) le forum.
 
C'est sain et tonifiant parce que ça n'a rien à voir avec les jugements des censeurs et des imbéciles évoqués plus hauts.
 
J'ai d'ailleurs évoqué ces sujets avec Foncine, qui en a été très intéressé. Car, pour nous qui baignons là-dedans depuis toujours, c'est intéressant de recevoir ces éclairages historiques ou transversaux.
 (NB : A l’époque de cette remarque, Jean-Louis Foncine était encore de ce monde.)

 
Foncine est notre auteur fétiche,. Son recueil de nouvelles, Le Foulard de Sang est surprenant d'autant que les nouvelles varient selon les rééditions ?

Le Foulard de sang est un pot pourri à géométrie variable.
 
Il y a le récit proprement dit du "Foulard de sang", qui part d'un grand jeu auquel Joubert donne une coloration théâtrale et épique (mais ça s'arrête là), et auquel Foncine donne des prolongements héroïques et dramatiques.
Foncine y a tellement cru, qu'il a voulu le perpétuer dans le temps, le prolonger. Il y a eu, à différentes époques, des petits groupes - généralement de quelques individus - qui se sont créés. Il y en a toujours un aujourd'hui. C'est très peu de chose, en nombre de personnes et en influence, mais ça fait rêver les participants, et, pour Foncine, c'est important.
Ce n'était pas du tout le cas pour Joubert, qui en était resté au grand jeu. Je l'ai entendu une fois, dire, parlant de Foncine : " Quand même, à son âge..." !
Mais Foncine y croyait, et y croit toujours, comme moyen de perfection personnelle.
 
Quant aux autres contes, ils se trouvent là, posés à côté, mais ils n'ont rien à voir avec le Foulard de sang. Ils sont un peu comme des personnages de Molière dans une tragédie à l'antique. Ca n'empêche pas certains d'être de petits bijoux, comme Grenouille (qui doit beaucoup à Joubert, eh oui ! il écrivait aussi fort bien, et l'auteur du Bracelet de vermeil en savait quelque chose...), ou Paillasson.
D'ailleurs, le bouquin s'est appelé tantôt "Le foulard de sang", tantôt les "Contes du Pays Perdu". Pour s'y retrouver, avec Foncine, faut s'accrocher !
 
-  L’ensemble de Signe de Piste est une république d'enfants. Tout le pouvoir est donné aux jeunes.
Ils ne sont pas des héros, mais des gars ordinaires qui vivent des situations extraordinaires.
Le point de départ de cette païdocratie est la "Bande des Ayacks", dans laquelle les gamins se révoltent contre les adultes tournés en ridicule ; le degré ultime pouvant être "Ephélia", où les jeunes se passent totalement des hommes, et fondent leur république d'enfants (dans un régime monarchique, faut le faire !).
Une république qui tourne bien, PARCE QU'ILS SONT DES JEUNES, alors que la république d'enfants de William Golding, dans "Sa Majesté des mouches" tourne au cauchemar.
Parce que les enfants ont quitté le terrain de l'enfance, ont transgressé ?

Peut-on comparer la collection à une Bibliothèque verte pour sa longévité ?
 
J'ai parcouru l'ancienne bibliothèque verte : la qualité des titres est ahurissante : Jules Verne, Dumas, Erckman-Chatrian, Hector Malot, Marcelle Vérité, Conan Doyle... Je trouve que c'était un très bon niveau. Mais était-ce une littérature populaire ?"
 
Ca se voulait populaire. La Rose et, beaucoup plus tard, la Verte, ont été créées pour alimenter le (génial) réseau librairie créé par Hachette 1er : les bibliothèques de gare. Plus populo, y'a pas. Mais la clientèle, grande, moyenne et petite bourgeoisie, n'allait quand même pas jusqu'aux milieux ouvriers. Il y a des freins sociaux qu'il est difficile de surmonter. Les textes étaient superbes : grands auteurs, grands romans. Ca fait un peu penser, mutatis mutandis, au travail de Vilar au TNP : faire accéder le plus large public à la culture (...mais le public de Vilar aussi avait ses limites : beaucoup de profs, peu d'ouvriers !).
 
Ensuite, de bons directeurs sans foi ni loi (en particulier Louis Mirman dans les années 60-70), ont rangé tout ça au magasin des vieilleries, et remplacé Hector Malot, Toudouze, Dumas, par
Enid Blyton, Georges Chaulet, Georges Bayard : Oui-Oui, le Club des 5, Fantômette, Michel, c'est cucul, mais qu'est-ce que ça se vend ! Contre de tels arguments, il n'y a jamais rien à dire.
 
Un indicateur à méditer : dans mon catalogue de livres d'occasion, en six mois, on ne m'a pas demandé un seul de ces livres...
No comment !...



2 - Les Amis de Signe de Piste :

- Origines de l'association des Amis.
 

Si j'ai bonne mémoire (mais le problème c'est qu'elle est pleine de trous), après la fin de Safari-Signe de Piste, et avant que les Editions de l'Epi ne se lancent dans l'aventure Nouveau Signe de Piste, on était bien embêté, car on ne savait pas si on arriverait à relancer une nouvelle fois la collection.
Le scoutisme battait de l'aile, on était dans l'ère Mai 68 de contestation du vieux monde (contestataires dont je faisais partie, j'avais fait "les barricades" à la Sorbonne), la collection avait commencé de subir des attaques assez virulentes (dans Combat : "Signe de Piste, faux roman scout, vrai roman de classe", orchestré par des cocos pur jus), Alsatia et Hachette avaient déclaré forfait, bref, ça allait mal, et on n'était pas fiers.
Alors on a eu l'idée, Dalens, Foncine et moi, de créer une association qui aurait pour but de rassembler les amis du Signe de Piste afin de garder le contact, et aussi pour montrer à un éventuel éditeur qu'il y avait du  monde qui y croyait encore.
Il fallait un siège social en terrain neutre, c'est-à-dire ni chez Dalens, ni chez Foncine, alors j'ai proposé mon 2 pièces cuisine du 74 rue Lecourbe à Paris.
Il fallait des sous, pour faire un bulletin qui était plus que modeste et à parution très irrégulière.
Il fallait un Président, neutre (il ne le fut jamais). On en a usé pas mal.
Voilà, vous savez tout, ou presque.
 

- Le site réactualisé des Amis du Signe de Piste n'est pas bon, ou intéressant, il est REMARQUABLE. "Vaut le détour", comme ils disaient au Michelin quand c'était un guide sérieux.
 
J'ajouterai même qu'il ne nous reste pas grand chose à faire, au niveau base de données SDP s'entend, sinon de mettre un lien sur notre site : il y a l'essentiel, question dates, titres, auteurs (avec nombre de petites erreurs que les membres devraient s'amuser à rechercher. Quel beau "Quiz SDP" ils ont là pour le prochain numéro de la revue ou la prochaine édition du site). (Il y a aussi un superbe article sur la bouquinerie "Mowgli etc.", mais ce que j'en dis...)
 
Par contre, il nous reste toute la réflexion critique, la "mise en perspective" comme disent les journaleux "tendances" (tendance pédant-cul-cul). Et là, il y a tout à faire, car les Amis restent très sages, ce qui est parfait. On ne peut être au centre du dispositif, et en marge. A eux le discours officiel, à nous la marge.



 

3 - Les auteurs- les livres :
(extraits de réponses à des remarques formulées sur le Forum)

Angus,
 
Michel Tournier est parti de thème existant, comme souvent. En l'occurrence, "L'Aigle du casque", extrait de la "La Légende des siècles".
Le thème :
Au Moyen Age, époque de l'amour courtois.
Deux jeunes tourtereaux se promènent dans la forêt. Arrive un seigneur voisin, assassin, pillard, ivrogne, etc., qui tue le jeune homme et viole la fille. Elle est ramenée au château de son père qui jure de se venger.
Mais la fille est enceinte. Le grand père refuse de reconnaître l'enfant de la honte. Il le place chez des paysans et l'oublie. La mère meurt.
Sept ou huit ans plus tard, n'y tenant plus, il va revoir l'enfant. Et l'idée de la vengeance germe en lui.
IL le fait revenir au château et, quand il a 12-13 ans, il lui fait jurer sur la Bible que lorsqu'il sera en âge de combattre, il ira défier le seigneur et le tuera en duel. Sans lui dire que l'homme est son père.
Le tuera-t-il ? Tu le sauras en lisant la suite...
Hé, hé, hé.

-  "La Blanche",

Une petite précision, sans grande importance d'ailleurs, si ce n'est de rétablir l'exactitude des faits. Mais c'est parfois important, l'exactitude. C'est avec des "détails" qu'on fait ou défait l'Histoire...

Tu écris : "Lorsque François Chagneau et Alain Gout lui ont refusé "La Blanche" en trouvant le roman trop élitiste et en lui demandant de le réécrire dans un milieu plus populaire..."

Ni François, ni moi-même, n'avons "REFUSE" La Blanche. Ni lui, ni moi, ne nous serions d'ailleurs permis de "refuser" un Dalens..., aussi bien eu égard à l'auteur, ... qu'aux intérêts commerciaux de la boîte...

Nous lui avons dit, l'un comme l'autre, que la consommation de drogues dures n'était pas limitée aux beaux quartiers, du genre "Passy, Auteuil, Neuilly", comme aurait pu le laisser entendre le roman, en particulier à un jeune peu informé (ça existe, chez les jeunes et les moins jeunes).

S'en tenir à ce territoire et à ces milieux, c'était fausser la réalité, et donner, une fois de plus, des arguments à ceux, nombreux, qui accusaient la collection d'être "élitiste" (cf. Isabelle Jan , Raoul Dubois, etc.). Ces critiques contre l'"élitiste" de Signe de Piste, ce n'est pas de moi, ou de nous qu'elles sont venues, mais de "chercheurs" et "critiques" généralement encartés PC. Il ne faut pas se tromper d'adversaire. C'est d'ailleurs moi qui aie signé, dans Combat, vers 1970, le premier article répondant à ces accusations !

Mais autant j'étais le premier à contrer ceux qui faisaient dans le procès idéologique et dans les méthodes staliniennes, autant je ne me privais pas,  quand c'était nécessaire, de dire ce que je pensais à Yves/Dalens, ou à Pierre/Foncine. Nos désaccords ont toujours existé, comme dans toute équipe, ce qui ne nous empêchait pas d'être d'accord sur tous les points essentiels...

Mais pour revenir à La Blanche, voici ce que j'ai dit (ainsi que François) à Dalens : confiner l'histoire dans la grande bourgeoisie, c'était prendre le risque de fausser la réalité (même si la drogue existe AUSSI dans ces milieux - elle est partout !) ; de masquer ou ignorer une réalité beaucoup plus complexe et répandue que ne le laissait entendre la fiction. (Ce que
l'on voit aujourd'hui ne fait que le confirmer...)

J'ai dit aussi que l'intrigue, les dialogues, les personnages, comme toujours chez Dalens, était très bien ficelés, que le lecteur était pris aux tripes. Cela ne dispensait pas de rester en phase avec la réalité sociale.
Un roman sur la drogue, un roman voulant protéger les jeunes de la drogue,  ce n'est pas le Prince Eric. Rien n'y est gratuit, ni sans conséquences. Quant à dire que Dalens ne pouvait écrire que sur les "milieux bourgeois" qu'il connaissait, c'est mal le connaître. Il était avant tout noble, et non bourgeois ; dans la vie courante, il vivait de toutes les manières, mais pas
de façon bourgeoise. C'était un vernis extérieur. Quant aux milieux, aux héros "populaires", mais ils sont partout dans son oeuvre. Il aimait peindre les voyous, les petites frappes, les grands truands. Les Mik en sont pleins.
Et l'Affaire Balzac ?

J'ai donc fait un certain nombre de remarques, essentiellement techniques, demandé modifications et corrections. Certaines ont été acceptées par Dalens, d'autres pas.

J'ai renouvelé ces demandes. Alors Dalens, (vexé ? par fierté ?), a préféré reprendre son manuscrit, qui n'a, à aucun moment, été "refusé", ni par moi, ni par François Chagneau.

Certains s'étonneront peut-être que nous ayons demandé des corrections à un auteur aussi chevronné que Dalens. Mais les demandes de corrections étaient courantes et concernaient la quasi totalité des manuscrits et des auteurs. Dalens et Foncine en demandaient à tous les auteurs, et j'avais été à bonne école avec eux. Ils ont dû réécrire, à eux deux, la moitié de la collection ! Il n'y a guère que Jean Valbert qui y échappait, tant ses romans étaient parfaits dès la sortie de la fonderie. Mais c'est l'exception qui confirme
la règle. Certains manuscrits avaient droit à un régime de faveur, avec une réécriture - un rewriting dans le jargon - complète. Non, je ne citerai personne !

Voici pour ce "refus", qui fait partie des accessoires à ranger au magasin des légendes, et dont je sors... blanchi.


-  En réflexe, mais il y a peut-être d'autres textes, il y a un récit un peu oublié de Foncine : LE CAVALIER D'AUJAC, dans l'une des Fusées des années 70.
 
Ca se passe sur le versant Est du Mont Lozère.
 
Sur le même versant, du côté de Prévenchères, dans un trou paumé, il y a l'un des meilleurs fabriquant de chocolat de France. Il vend dans le monde entier...
 
(Sur le Mont Lozère, où j'ai tenu un temps un centre de vacances, j'ai perdu mon Laguiole. Si tu le vois).


-    Des traductions de textes étrangers il y en a eu des tas, venues surtout de l'allemand, non par germanophilie exacerbée, mais parce que Alsatia avait son antenne à Fribourg, et donc une source d'approvisionnement de première, et surtout parce que Foncine, surtout, (Dalens dans une moindre mesure) était germanophone. Il pouvait donc faire son marché à la Foire de Francfort (il ne s'agit pas d'une foire à la saucisse, encore qu'on en fît à chaque
fois une abondante consommation - "Dwei wurst, mit dwei beer, suivi de "Dwei mall", c'est tout ce que j'ai appris sur place, mais c'est très utile - mais de la foire du livre, la célèbre Buch Messe).
On a beaucoup vendu aussi, et les SDP ont été traduits dans pas de langues, et jusqu'au turc !

 - Pour Ferney, tu prêches un convaincu: Fort Carillon figure dans mon panthéon perso au même niveau que le Prince Eric. Et Robert Alexandre qui, dans le genre SF-SDP, a vraiment su construire un truc très perso. Effectivement, il y a plein de SDP injustement sous-estimés. Quand je pense à Pierre Labat, et le Manteau Blanc que personne ne réédite alors qu'il est introuvable chez les bouquinistes... ( m'en fous, j'ai une édition originale).

 
- Signe de Piste est plein d'autres auteurs et d'autres titres perdus dans la masse. En fait, Dalens et Foncine, ce sont les deux arbres qui cachent la forêt.
 
Auprès d'eux, il y a quelques gros calibres, dont on a parlé ici : X.B. Leprince, Jean d'Izieu, Bruno Saint-Hill, Mik Fondal, Jean-Claude Alain, etc...
 
Mais il y aussi beaucoup de bonheur à lire Larigaudie, Ferney, Jean Valbert, Maurice Vauthier, Jean-François Pays, etc, etc...
 
Et puis il y a les pépites perdues, parce que leurs auteurs n'ont souvent publié qu'un livre ou deux : Piqualise, de Josy de Bouclans, Le Camée de l'Empereur, de Moreau-Bellecroix, Sang et Or, de Bourgenay, Les Jumeaux de Pékin, de Gine Victor, Le Coup d'envoi, de Philippe Avron, etc, etc, etc, il y en a tant d'autres.
 
Pour les rééditions, on a l'embarras du choix...


- Je suis bien heureux de lire la note sur LONGUE PISTE.
C'est effectivement un roman très méconnu du Signe de Piste, complètement éclipsé par Yug, qu'il vaut pourtant largement. Moins "magique" que Larigaudie, peut-être, mais tellement plus moderne, même en 2003, et plus "vrai". Yug est un conte. Longue Piste, un roman profond, qui donne à réfléchir.

J'avais réédité ce livre en numéro 1 des "Coureurs d'Aventures", non que j'aie voulu le placer avant tous les autres, mais parce que c'était un livre à rééditer d'urgence.
Je regrette seulement de lui avoir gardé sa couverture originale, très belle dans son dessin, mais très vieillotte par la maquette. Celle de René Follet, pour le SDP Junior, aurait été plus actuelle.
C'est facile à corriger.

Mais gardons ça entre nous, il ne faut pas réveiller les justes qui dorment... du sommeil du juste.


- NB : En réponse à une attaque virulente d'un lecteur à propos des critiques émises par quelques membres du Forum :

- Loin de moi l'idée de susciter ou de prolonger une polémique.

Simplement, ayant travaillé aux côté de Dalens, Foncine, Joubert (par ordre alphabétique) et les autres (dans le désordre), je me dois de témoigner de ce que je sais, et en particulier de rectifier les erreurs, d'enfoncer les contrevérités. Sinon, c'est la porte ouverte aux légendes et aux rumeurs,  souvent malveillantes. Sur ce point, à Signe de Piste, on a été
particulièrement gâté. Ce n'est pas ''polémiquer'' que de dire à P…. de St S…. que sa
lettre en contient un certain nombre.

Après avoir déploré des lectures trop "politiques" de Signe de Piste,  Patrice écrit que la collection doit être remise dans son contexte. Certes,  mais son contexte ne s'est pas figé à la ligne bleue des Vosges de1936...
Après le "coup d'état" perpétré par Dalens et Foncine en 1954 (en se faisant nommer directeurs de collection); ils ont résolument orienté la collection vers l'ensemble de la jeunesse, garçons et filles, et non plus exclusivement vers les scouts... Sont parus alors, après certaines mièvreries de la précédente équipe, des romans aux sujets audacieux. Dont, par exemple, les romans de l'abbé Rey (Jean d'Izieu) qui firent du bruit dans Landerneau à l'époque. Dont certains Rubans Noirs, Feux de l'Histoire ou Hippocampe
dirigés par Foncine. C'est évident, mais ça va mieux en le disant : ni Dalens, ni Foncine n'étaient des nostalgiques du passé, ils ne cherchaient pas a perpétuer des valeurs définies une fois pour toutes.
.
P…. ajoute : "une collection fondée par des scouts, catholiques pratiquants et engagés, pour la plupart monarchistes, et pour certains dotés de noms à particule".

Je regrette, mais cela n'est pas exact, et le dire serait laisser accréditer une légende, politiquement et religieusement non neutres :

Ce ne sont pas des scouts - j'entends par "scouts", les premiers auteurs - qui ont créé la collection, car ce ne sont pas les auteurs qui lancent une collection mais leur éditeur. L'éditeur, c'était Alsatia, maison catholique de Colmar, qui voulait faire des livres pour les chrétiens, bien sûr, mais qui savait aussi flairer la bonne affaire : De Gigord faisait un tabac avec, notamment, les livres de Larigaudie, et ils ont voulu lancer une collection concurrente. Idéologiquement, le catholicisme allait de soi, et financièrement ça promettait. Les Alsatiens de Colmar étaient avant tout de bons gestionnaires comme ils l'ont montré par la suite.
Donc, ne pas inverser la charrue et les boeufs.

Pour revenir aux auteurs, ils étaient effectivement scouts, et catholiques. Tout le monde l'était, à l'époque. Engagé ? Le terme semble assez anachronique, et pas dans le vocabulaire du milieu. Cela me semble peu important : scoutisme et catholicisme allaient de soi à l'époque. Par contre on ne peut dire que les auteurs étaient "pour la plupart monarchistes". A part Jacques Michel (Maurice de Lansaye) qui était secrétaire de l'Action
Française et Dalens, je ne vois pas d'autres monarchistes déclarés dans la collection. Pas à cette époque, et encore moins par la suite. Sur quelque 170 auteurs en 70 ans, ça ne fait pas beaucoup. Quant aux nobles, outre les deux cités (M. de Lansaye, Yves de Verdilhac, je ne vois qu'Henri Bourgenay-Jean de Weber à ajouter à la liste (encore ne me suis-je jamais permis de lui demander s'il possédait bien tous les quartiers nécessaires).
Guy de Larigaudie est entré dans la collection, mais bien après sa mort. Non parce qu'il était noble, mais parce que ses livres étaient excellents. Là encore, ça fait peu pour asseoir la légende. Ferney, qui a pas mal écrit sur nos rois était plutôt tendance anar, Foncine, fort libre d'esprit et de propos...
Pierre Joubert est un cas à part, et il s'en explique bien dans ses Souvenirs en vrac. Du côté de l'Action Française avant 34, il s'en était très vite dégagé. Il a toujours eu beaucoup de sympathie pour nos rois, et pour les monarchies modernes à la mode espagnole ou belge, mais cela ne l'a pas empêché d'élire nos présidents républicains, avec une nette préférence pour ceux de gauche.

P….. de St S….. demande du respect pour les convictions des fondateurs, et en particulier de Serge Dalens. Il a tout à fait raison. Mais un appel au respect des convictions des autres serait tout aussi fondé. Il commet une erreur en faisant de Dalens le fondateur. Celui-ci disait volontiers aux journalistes que Foncine et lui-même étaient les "fondateurs" de la collection. (Je l'ai dit et écrit aussi plusieurs fois. C'était pratique et très publicitaire). Mais c'était inexact. Le créateur était Alsatia (bis), la directrice des éditions Mlle Gilleron (Tante Mad pour les intimes), et le premier directeur de collection fut Maurice de Lansaye, plus connu, à l'époque, que Dalens qui n'avait encore rien publié. Ce n'est qu'en 1954 que Foncine et lui ont pris les commandes (bon, d'accord, je me répète).

P…. écrit aussi : (Dalens) "souffrait d'une interprétation nouvelle que l'on pourrait donner de la collection Signe de Piste". Sans dire QUI donnait cette interprétation. A l'intérieur de l'équipe ? Ou à l'extérieur, dans la presse ?
Etant dans la boutique à l'époque, j'ai assisté aux nombreux différents qui pouvaient exister entre Dalens (plus conservateur), Foncine (plus novateur), Jean Valbert (conseiller religieux et généralement arbitre de leurs différents) ou moi-même, grand ami de Dalens mais pas toujours dans ses idées, surtout quand je me permettais d'émettre quelque critique à propos de La Blanche ou d'Eric le Magnifique. Mais des échanges et des différences de
points de vue, nous en avons toujours eu en près de 30 ans de travail, de camaraderie et d'amitié.
Alors, "interprétation nouvelle", qu'est-ce que ça veut dire ? Le Signe de Piste de 1954 était nouveau. Celui de Safari, en 1971, aussi. Et ainsi de suite. Et s'il n'en avait pas été ainsi indéfiniment, nous n'aurions jamais retrouvé le public des jeunes à chaque nouveau redémarrage de la collection. Nous n'aurions été lu que par des collectionneurs adultes (je m'empresse d'ajouter que ce sont des gens très bien, pour ne pas me faire lyncher !).

Je ne m'étendrai pas sur les amalgames : "catho-facho-noble d'Action Francaise". Je n'ai rien vu de tel sur ce site. Il est vrai que je n'y viens que depuis peu de temps. Mais si j'approuve totalement la demande de Patrice d'un peu de tolérance vis à vis de ceux qui croient, il me semble que la réciproque est vrai : il y a des lecteurs qui ne croient pas, comme lui, à " la foi catholique, la fidélité au pape et à son message, Dieu et le Roi". De
même que nombre d'auteurs; et ce de longue date, n'étaient pas spécialement croyants, voire pour certains, pas du tout. Il y a dans Signe de Piste des auteurs qui expriment les valeurs chrétiennes - ils méritent le respect -, et des auteurs qui croient en d'autres valeurs - qui le méritent tout autant.
Les uns et les autres respectent leurs lecteurs et tentent de leur délivrer ce qu'ils croient.
Autant je pense qu'il faut lutter contre ceux qui attaquent les valeurs défendues, ou simplement présentes, dans la collection- quelles que soient ces valeurs car ce sont toujours des valeurs humaines et positives - autant je pense qu'il faut calmer les ardeurs de ceux qui voudraient, consciemment ou non, volontairement ou non, amalgamer la collection Signe de Piste à leur étendard.


Et puisque P….. aimait Dalens, je laisserai à celui-ci le soin de conclure, et, j'espère, d'apporter tout apaisement :

" On peut tout dire, tout écrire, à condition de ne pas désespérer les jeunes, de laisser un espoir à la fin du roman".

Ce n'était pas un discours apologétique, c'était constructif. Quel beau programme.
C'est ce qu'ont essayé de faire, pendant 70 ans, tous ceux qui ont oeuvré autour de Signe de Piste, chacun à sa manière.


-Parlez nous de l'oeuvre de Dalens et Foncine et leur apport au roman pour jeune ?

-On me demande si Dalens et Foncine avaient conscience de révolutionner le "roman-scout-bondieusard-type-Kervizel" en écrivant leurs chefs- d' oeuvres, ou s'ils ont changé le monde du "roman pour ados" sans faire exprès ?"
   
C'est un peu difficile de répondre. Je n'y étais pas.
 
Ils avaient sûrement conscience de vouloir bouger un peu les choses. Qui écrirait, si ça n'était pour apporter quelque chose de nouveau ?
 
Dalens, c'est à la fois très classique (le Prince Eric, c'est très inspiré du "Prince et le pauvre"...), et très moderne dans l'écriture.
 
Mais quand j'ai parlé de ça avec lui, ou plutôt quand il l'a lu dans ma thèse, il a ouvert des yeux comme des ronds de flan. En fait, il ne pensait pas y avoir mis tout ce que j'y avais trouvé. Vraie surprise, ou fausse modestie ? Va savoir.
 
Pour Foncine, c'est plus facile.
Sa "Bande des Ayacks", c'est classique dans le sujet (La Guerre des boutons), et transparent dans l'intention "révolutionnaire" : jeunes contre vieux, enfants contre bourgeois, etc. C'était une révolte contre tout ce qui embêtait les jeunes à l'époque. Et ils n'avaient pas beaucoup de liberté. Inconcevable aujourd'hui. Je ne pense pas que les jeunes puissent percevoir l'aspect "sérieux" de cette contestation. Ils doivent s'arrêter à la farce.
Il y avait de ça aussi dans l'intention des deux Pierre à l'époque : se payer la tête des vieux par la rigolade. (Pierre Lamoureux dit Jean-Louis Foncine et Pierre Joubert)
 

Mais changer le monde du roman pour ado en 1937, ça non, ils n'en avaient sûrement pas idée. Rigoler (pour Foncine et Joubert), séduire (pour Dalens), et avoir un certain succès. Mais pas plus.
Après 54, ils ont piloté le navire, mais ça restait un beau navire pour les scouts. Et puis, peu à peu, ils se sont rendus compte qu'ils naviguaient en haute mer, à cause de l'enthousiasme des jeunes lecteurs, du courrier, des rencontres...
 
Voilà. Ca suffit ?


-Au Signe de Piste, la ligne éditoriale des trois mousquetaires était-elle respectée ?

- Il y a eu des "courants" au SDP, à l'époque, avec des gens qui tiraient dans toutes les directions. Personne ne savait vraiment où allait le SDP. On savait seulement qu'il fallait faire du nouveau sans renoncer au passé.
Certains choix sont venus de l'équipe (les traductions principalement) ; certains manuscrits sont tombés "naturellement" : Robert Alexandre, qui avait envie de changer de Mikyr ; certains textes sont venus d'auteur qui voulaient, en quelque sort, faire une carrière "d'écrivains" (au sens littérature générale, l'écrit, le style, avant l'histoire) au sein de la collection, et la faire changer : Mauriès, Dubreuil. Il y aurait eu aussi Hélène Montardre, si elle était restée... Quant à Bruno Hongre, c'était un challenge entre lui et Dalens, dont il était le gendre, et dont il ne partageait pas vraiment toutes les idées...
 

- Les livres de Jean-Louis Dubreuil étaient écrits parfois avec son épouse.Ils signaient alors Claude Campagne (peut-être parce qu'ils allaient se mettre au vert pour écrire ?).
C'est le cas pour "Adieu, mes 15 ans"... un superbe livre sur l'adolescence


-Est-il vrai que "Le Lys éclaboussé" de Jean-Louis Foncine et Antoine de Briclau s'est inspiré des  oeuvres du colonel Suire (X.B. Leprince) ?

-  Je viens d'appeler Foncine pour avoir confirmation :
 
C'est bien lui (Foncine, avec son co-auteur Antoine de Briclau), qui a lu les travaux du colonel Suire (X.B. Leprince) sur Louis XVII (entre autres, le "Grand monarque"). Il s'est servi des hypothèses qui y étaient développées pour écrire "Le Lys éclaboussé". Et non l'inverse.
 
Le colonel Suire était décédé depuis longtemps quand leur roman est paru.
 
Qu'on se le dise.




4 - JOUBERT :

Est-il le créateur de la marque et du logo Signe de Piste ?

- Pour ma part, j'en suis resté aux récits que faisait Joubert, repris il me semble dans ses souvenirs :
Pendant que les "intellos" se creusaient la cervelle pour trouver un nom de coll, il dessinait (pour changer).
On lui a demandé :
- C'est quoi ce machin ?
- Ben ça veut dire : Camp dans cette direction.
- oui, non, ce type de symbole.
- Ben c'est un signe de piste...
Bingo, étincelle, lumière.
Les intellos avaient trouvé le nom qu'ils cherchaient.
Joubert n'en était pas l'inventeur.
Peut-être le catalyseur accidentel.
Mais, apparemment, à ce moment-là, Jacques de Noirmont ne pensait pas à la collection qu'il avait dirigée avant.
 
Bien sûr, si le récit est exact, et non rêvé après...
 
C'est d'ailleurs sans grande importance.
 

- P.Joubert a fait des portraits d'enfants et d'ados magnifiques, beaux, sans défauts physiques, sans acné, sans long pif ou bouche trop mince...
Aurait-il voulu donner de l'image du jeune homme une forme idyllique qui n'existe que pour quelques privilégiés? "
"...le même Joubert caricaturait les adultes avec toutes les marques de la vie sur le visage...et parfois ce n'était pas joli-gentil ! "

 
P
as facile de répondre à ta question, Mic, car c'est un vaste sujet.
Mais je ne crois pas qu'on y ait vraiment répondu. On a surtout beaucoup glosé, déliré, et dit bien des bêtises sur le sujet...
 
 
Il n'y a que Pierre Joubert qui aurait pu valablement répondre.
 
Mais il ne répondait pas quand on essayait de chercher du sens dans ses dessins car lui-même ne se posait pas de questions sur son oeuvre, parce que ce n'était pas un intello narcissique.
Parce que s'il était sûr de son talent (son succès a été constant),  il était aussi très modeste.
 
 
Une fois que je parlais de tel ou tel point concernant ses dessins, il m'a répondu :
 
"Ben dis donc, je savais pas que j'avais mis autant de choses dans mes dessins".
 
Une façon gentille et polie de répondre : "Qu'est-ce que j'en ai à faire, de toutes tes élucubrations".
 
Car il s'en fichait complètement.
 
Il dessinait sans réfléchir, pour le seul bonheur de dessiner, dessiner, dessiner... Des jeunes, "parce qu'on m'a demandé des mouflets" ; des bateaux, quand on lui en réclamait, des chevaliers et des châteaux forts. Ca aurait pu être des chiens ou des baleines..., avec pour seule limite, un sujet inintéressant pour lui.
 
 
 
Alors on peut rassembler les avis et tenter des hypothèses :
 
 
Ceux que j'appellerai les "innocents" (sans connotation péjorative), disent que Joubert idéalise la jeunesse, et trouvent que c'est bien comme ça.
 
Il est vrai que le public est bon public, et qu'il demande et redemande des héros forts et purs. Toute une littérature a fait, de tout temps, ses choux gras de héros mâles et femelles idéalisés, de d'Artagnan à Yseult...  (sans parler de la littérature Arlequin...).
 
Alors pourquoi pas, pour les jeunes, des adolescents idéalisés, que ce soit dans le texte ou dans le dessin ?
 
Combien de garçons se sont projetés dans ces modèles idéaux, d'autant qu'ils sont souvent crédibles et n'ont pas les super muscles des héros de la BD et du cinéma américains. Combien de filles sont tombées amoureuses du bel Eric, du "craquant" Christian ?
 
 
Les adultes ?
 
C'est vrai qu’ils ne sont souvent pas très reluisants. Mais là aussi, il faut revenir au texte, avant de faire porter le chapeau à l'illustrateur. Ils y ont rarement le beau rôle...
 
 
 
Est-ce qu'il faut en déduire qu'auteur et illustrateur renvoient les adultes à leur médiocrité ?
 
 
 
D'autres disent que Joubert peint des garçons efféminés.
 
 
Mais leur discours est-il honnête, innocent, neutre ?
 
Sont-ils clairvoyants, malvoyants ou malveillants ?
 
Je me souviens un jour, sur un stand de salon, d'un homme qui me parlait à mots plus ou moins couverts, d'une "certaine tendance" de Joubert à peindre des garçons vraiment "très, très beaux, vous voyez ce que je veux dire".
Je rigolais intérieurement, et me préparais à répondre quand une brave mère de famille, qui écoutait mine de rien, s'est écriée :
 
- Mais Monsieur, TOUS les enfants sont beaux !"
 
Elle n'avait pas tort. Les garçons de Joubert sont peut-être plus beaux que nature ; mais la nature est belle, elle aussi.
Tout est pur qui va aux purs ! Et réciproquement.
 
 
Pour ma part, après avoir bien réfléchi à la question, je penche vers deux niveaux d'analyse, non limitatifs, et qui ne sauraient épuiser le sujet :
 
On peut d'abord s'en tenir à une explication purement "artistique" :
 
Joubert peint la beauté, idéalisée par son art.
Toutes formes de beauté, que ce soit celle des adolescents, des navires, des animaux, des monuments, des femmes (il y en a quand même pas mal, dès qu'on sort de la période scoute et SDP, et plutôt canon), et même des soldats en armes ! Ce faisant, il rejoint le courant classique de la peinture, dans lequel la beauté est le leitmotiv constant, de l'antiquité à l'époque pré moderne.
 
Mais si on veut aller au-delà de cette conception "esthétique", on peut suggérer que cette beauté idéale est la transposition picturale de la vision des âges de la vie que se faisait Joubert :
 
- Les adolescents purs et lisses symbolisent le paradis perdu de l'enfance. Joubert se souvient des moments de bonheur de son enfance, du scoutisme. Et Signe de Piste est le Grand Livre de ce paradis perdu.
 
- L'âge adulte, c'est celui de la dégradation : l'âge du travail, du combat pour la vie ;  c'est aussi celui des compromissions : des calculs, des ambitions, des passions...
 
Transposé dans ces personnages adultes, qui sont "dégradés", déchus de leur enfance.
 
 
Mais était-ce la conception personnelle de Joubert, ou celui-ci ne faisait-il que refléter le contenu du livre ?
 
 
Personnellement, pour l'avoir côtoyé, je ne peux penser qu'il ait eu cette vision de la maturité. Même secrètement.
 
Il ne se posait pas de problèmes, goûtait la vie simplement, voyait ses amis, voyageait, et écartait tout ce qui pouvait être source d'ennui ou de tracas. Il était positif.
 
 
Par ailleurs, dans son art, il était une véritable éponge, et captait le contenu émotionnel du roman.
 
Plus ou moins consciemment, il transposait les deux niveaux de lecture : l'univers romanesque apparent, directement lisible (personnages, décor, époque, action, etc.), qui constituait la matière première du dessin  et le contenu souterrain, émotionnel du texte, jusqu'à la personnalité secrète de l'auteur (qu'il connaissait souvent personnellement). Et c'est ce qui donne vie à son dessin : au-delà de la perfection plastique, il y a tout ce que le dessin dégage, ce qu'il exprime du contenu caché du texte, de son auteur.
 
Il me semble que ce sont quelques éléments qui permettent de comprendre un peu du dessin de Joubert.


5 - DIVERS : Sujets divers abordés sur le forum, dont les réponses peuvent éclairer certains.


- Il n'existe aucun argus officiel SDP ou Joubert ?

Pour le faire sérieusement, il faudrait visiter tous les libraires professionnels qui vendent SDP, les spécialistes - peu nombreux -, et les généralistes, très nombreux.
Et surveiller ce qui se vend sur Ebay.
Mais Ebay est trompeur : certaines ventes se font nettement au-dessous de la valeur des choses, car peu de clients ce jour-là, ou déjà pourvus ; d'autres flambent, parce que deux ou trois collectionneurs acharnés se laissent prendre au feu des enchères (c'est courant, mais ça ne veut pas dire qu'il y ait un "marché" derrière) ; parce que certains collectionneurs font monter les enchères pour des raisons commerciales (ils revendent aussitôt), parce qu'ils sont fortunés et se moquent du prix, ou pour d'autres raisons encore...
Et puis un argus se fait dans la durée : les prix peuvent monter, monter,... et redescendre.
Ce sont quand même les libraires qui sont le plus près de la vérité : ils n'ont pas intérêt à vendre trop bas (et perdre des gains), ni trop haut,  pour ne pas conserver des rossignols et immobiliser leur trésorerie...

Pour réfléchir à un argus, tu disposes de deux outils :
- la "Bibliographie Pierre Joubert", de Jacques Dutrey, qui permet de connaître tout ce que Pierre Joubert a réalisé dans sa vie (à peu de choses près). (annonce sans pub pour ma boîte, le livre étant épuisé) ;
- le catalogue "Mowgli et Robinson", qui n'est en rien un argus, mais qui contient bcp de choses et permet de se faire une première idée : certains livres sont un peu au-dessus du prix ; d'autres, au-dessous, selon le prix auquel j'achète, et selon ce que le public est prêt, ou non, à payer.
C'est un premier indice, sans être une référence.


-  J'ai eu un jour, dans un salon, un entretien avec un Tunisien, auteur d'une nouvelle traduction du Coran (et athée ! ce qui est assez étonnant). Il expliquait, entre autres choses, que Mahomet avait obligé les arabes qui vivaient enfermés dans des villes, à abattre leurs murailles et à vivre ouverts sur l'extérieur, à partir sur les routes, à être bergers, marchands, etc.
 
Ca a complètement transformé leur mode de vie.
 
Jusqu'à des conséquence inattendues : par exemple, quand ils vivaient derrière leurs murs, ils élevaient des cochons qui mangeaient les détritus jetés à la rue, assurant ainsi l'hygiène (comme chez nous au Moyen Age).
A partir du moment où les murs sont tombés et les gens devenus non sédentaires, l'élevage du cochon est devenu impossible. L'animal est même devenu maudit, car il était le symbole de la vie sédentaire.
 
C'est de là que vient le tabou de la viande de porc, et l'aversion qu'en ont les musulmans, et non, comme on le croit généralement, de problèmes d'hygiènes. (Quand on tue un animal, dans un souk, il est débité, vendu et consommé dans l'heure, et donc sans danger).
 
Tout ça pour dire que Mahomet, en interdisant le repli sur soi et en forçant les arabes à s'ouvrir aux autres, a changé la face du monde.
 
C'est toujours vrai aujourd'hui, surtout dans un forum qui, par définition, est un lieu... d'échange.
 

-  Quand on n'a jamais publié, on très peu, on rêve de voir son nom écrit sur la couverture d'un livre.
 
Une fois que c'est fait, à moins que ça vous gratouille très fort, comme Simenon, on s'en fiche un peu. Le charme n'y est plus.
On écrit, parce que c'est un besoin d'écrire.
 
Par ailleurs, la notion d'Auteur, avec tout ce que ça sous entend de génie, (y compris, pour ceux qui ne trouvent pas le succès, de génie maudit style Van Gogh), ça n'est qu'un aspect de la réalité.
 
Une oeuvre peut parfaitement être collective, et elle contient toujours un peu des générations précédentes : Bach, qui n'était tout de même le plus mauvais des musiciens, a recopié Vivaldi et Buxtehude, pour apprendre.
Quand la messe du dimanche avait été exécutée, il retournait la feuille de papier pour écrire autre chose. Homère n'a jamais existé, ou plutôt, s'il a existé, il n'a fait que reprendre ce qui avait été imaginé par des générations de conteurs oraux, etc., etc.
 
Les choses sont à la fois plus simples, et multiples : il y a tous les cas de figure possibles: ceux qui créent à plusieurs (studio Hergé), ceux qui reprennent l'oeuvre commencée par un autre (courant aussi en BD), ceux qui travaillent en équipe, ceux qui ont des nègres et les spolient de leur travail (Alexandre Dumas et son nègre, Alphonse Daudet, etc.) et ceux qui veulent être seuls, avec leur nom en gros sur l'oeuvre.
Entre St-Hill et Dalens, je ne pense pas que ça ait posé de problème. Mais effectivement, dans les dernières éditions, on aurait peut-être pu mentionner sa participation. On verra à l'avenir. Pourquoi pas ?


NB : Note au moment de la création de l’association Jeux de Piste :

Ce qui définit une asso, ce n'est pas le montant de la cotisation, ni même qu'il y ait une cotisation.
 
C'est de donner une PERSONNALITE JURIDIQUE aux gens qui en font partie. C'est exactement comme une société, mais sans capital et dividendes. Une asso peut aller en justice, acheter des immeubles, vendre... un bouquin, par exemple, ou des scoubidous, etc. Il y en a de toutes tailles, de l'amicale des joueurs de biniou de Rosporden à... l'Assedic, par exemple (ce qui veut dire qu'asso ne rime pas forcément avec pauvreté et bénévolat : c'est sans doute la plus riche de toutes, et bien plus riche que toutes les PME qu'elle pressure)...
 
La cotisation peut exister ou ne pas exister, être parfaitement symbolique, ou à montant variables : membres bienfaiteurs, donateurs, ordinaires, pas ordinaires, "pauvres" (étudiants, jeunes, rmi, etc...). Le financement d'opération telles Cybermic, peut parfaitement être déconnectée de la cotisation : par exemple par le lancement d'une souscription.

Il peut y avoir différentes sortes de membres : des qui ont droit de voter (dont de décider de l'avenir de l'asso), d'autres qui sont simples spectateurs. Une asso dite, de type ouvert, donne le droit de vote à tout le monde (par ex. une association de copropriétaire ! c'est bien le minimum). Une asso de type fermé, ne donne le droit de vote qu'à certains membres, par exemples les membres fondateurs, ou des membres qui se cooptent entre eux (pour l'asso Joubert, destinée à gérer l'oeuvre de Pierre, il a été fait le choix d'une association fermée : la gestion des droits ne peut en effet concerner que les héritiers de l'auteur). Vous voyez, tout est possible. L'asso, c'est du costume sur mesure.
 
Côté finances : il y a l'adhésion. Obligatoire ou non. Elevée ou abordable.
Il y a les autres revenus : par exemple, la NL sur papier, pourrait donner lieu à abonnement (comme c'est le cas pour la revue des Amis). Cela peut aider à autofinancer le produit, ou bien à financer d'autres opérations, telles Cybermik, ou d'autres encore. Il peut y avoir la souscription, la vente d'objets, textes et élucubrations, etc, etc.
 
Tout ça pour dire que les possibilités sont INFINIES, et qu'elles dépendent des besoins et nécessité de chaque groupe. L'asso, bis repetita, n'est qu'un CADRE, mais un cadre JURIDIQUE, qui permet d'avoir un compte en banque, d'acheter, de vendre, et, avec un minimum de comptabilité, de rendre compte aux membres, ce qui est bien la base de la confiance et de l'adhésion de tout un chacun.
 

- Il y a eu d'autres collections d'origine scoutes...Jean-François...

-    Dans "Jean-François", il y a peu de romans scouts, mais il y en a tout de même un ou deux. Je pense à "NK Mène le jeu", et à "L'Appel de Vardek" (en 2 volumes).
Mais effectivement, les romans scouts, il vaut mieux les chercher,
outre SDP et Jamboree, dans les collections "ancêtres" :

"Feu de camp" et "Mowgli" chez de Gigord,
"Joyeuse"et peut-être "Toison d'or" (?) chez Alsatia,
"
Message caché" aux Ed. Scouts de France et La Hutte,
"Corsaire" (id),
"L'Equipée" aux Ed. de l'Arc,
"Fleur Rouge" aux Ed. La Flamme, et j'en passe.


- Pourquoi êtes vous devenu bouquiniste en plus de vos activités d'édition ?

-  Je viens d'entrer dans le petit monde de la bouquinerie par nécessité, faute de pouvoir pour le moment continuer dans celui de l'édition. C'est tout nouveau pour moi.
J'y vois plusieurs catégories (il y en a d'autres) :
 
-  La plupart des particuliers me semblent faire ça par plaisir et par passion. La plupart vendent à des prix normaux, entre 5 et 10 €. Mais, pour certains, cela devient un "sport" qui consiste à acheter le moins cher possible pour revendre le plus cher possible. Dérive de collectionneurs ?
Il y en a aussi, qui essaient de faire monter les cours car cela donne de la valeur à Joubert, à Signe de Piste... et à leur collection.
J'ai vu aussi des particuliers qui achètent des livres neufs, et donc disponibles, au prix public, et qui les revendent au double du prix ! Est-ce dû à la difficulté de trouver ces livres en librairie, ou à la rareté de certaines images de Pierre Joubert ? Pour l'éditeur, habitué à assumer le risque des impressions en quantité, avec les immobilisations financières que ça suppose, on risque l'infarctus à chaque fois. J'ai vu aussi un libraire de Nantes qui vendait l'album "Scouts" à ... 250 €. Il me l'avait acheté à 198 €, ...moins sa remise libraire. Pas mal comme culbute ! Mais on finit par s'habituer...
 
-  Chez les professionnels, il y a ceux qui ne connaissent pas la demande qui existe sur ces livres (et on peut trouver chez eux, couramment, un SDP à 1 €. Mais pour Emmaüs, ça devient rare). Il faut chercher, il n'y a pas de recette.
Et il y a ceux qui savent que SDP/Joubert ont un public. Ce sont eux qui font la côte. Ils sont généralement plus chers que les particuliers (mais ils font cela pour vivre, et ont des charges que n'a pas le particulier). Ce que je vois chez eux oscille généralement entre 7 et 15 €. Chez les "spécialistes", c'est souvent bcp plus, ...mais les chances de trouver le livre qu'on cherche depuis des années sont bcp plus grandes...
Et puis les "pros" ne sont pas forcément toujours les plus chers : je viens de voir partir sur Eb.y.  un SDP Junior à 27,5 € ! Qui dit mieux ?
Pour ma part, j'essaie de trouver un équilibre, serrant sur un livre pour me rattraper sur un autre... Mais les livres très rares et en très état, je pense surtout à certains albums de Pierre Joubert, peuvent coûter très cher.
Si on n'est pas pressé, on peut toujours finir par trouver un album Chefs d'oeuvre à 5 ou 10 €.
Question de chance.
Alain G., bouquineux


 (remarque sur le système scout)

-  Mais si, il y a eu destruction du "système des patrouilles" : en mettant les cadets chez les Rangers, et les aînés chez les Pionniers, on supprimait cette prise en charge des cadets par leurs aînés (et l'apprentissage des responsabilités qui y était lié), pour le remplacer par des tranches d'âges assez homogènes.
On avait beau les mettre en équipes, leur demander de pratiquer une "démocratie" autour de projets montés ensemble, il n'y avait plus cette pyramide des âges, et ce souci d'éducation et de formation des plus jeunes.
C'est toute la différence.


Petite remarque technique sur le PRIX DU LIVRE.
 
En France, le prix du livre est régi par la loi Lang.
 
Contrairement aux autres produits dont le prix est librement déterminé par le vendeur final, le prix du livre, lui, est fixé par l'EDITEUR. (c'est pour ça qu'il est imprimé au dos du livre, pas pour faire joli). Donc, pas par le libraire, ou le grossiste, comme c'est le cas pour les tomates ou les presse-purée (ni par l'auteur le jour de sa dédicace dans un salon, qui pourrait être tenté de dire : je vous en donne 1 si vous m'en prenez deux !).
 
La loi autorise une remise maximum de 5 % (le fameux "prix Fnac", pratiqué par qui veut).
 
Donc, concrètement, l'asso, "éditeur" du livre (à moins qu'on décide que ce soit un compte d'auteur collectif... je sens que je lâche peut-être une bombe à retardement qui risque de faire causer sur les ondes, mais tant pis...), doit fixer un prix de vente et l'indiquer sur la couverture.
Bien entendu, elle peut faire des remises aux libraires, grossistes, aux auteurs, mais pas au client final, le particulier.
 
Par ailleurs, puisqu'on est dans ce sujet, je rappelle qu'il n'y a rien de pire à vendre qu'un livre "à compte d'auteur", ou qu'un livre sans nom d'éditeur (ce qui revient un peu au même).
Pour l'acheteur potentiel, même si c'est inconsciemment, ça veut dire : il a pas trouvé d'éditeur, donc c'est que c'est mauvais. (Le raisonnement inverse joue aussi : le chaland est rassuré s'il voit marqué sur la couverture : Gallimard. Et pourtant, combien de roman sans aucun intérêt, même chez Gallimard ! La plupart des "primo romans", même quand ils sont bons, ça peut arriver, dépassent rarement quelques centaines d'exemplaires vendus...).


- Les frontières sont très floues, et évolutives dans le temps : autrefois, le roman populaire était du roman d'aventures, et incluait le polar, et même le... roman sentimental ("à l'eau de rose"). C'était synonyme de roman médiocre, ou encore de "roman de gare"...
Mais ses racines sont beaucoup plus nobles : c'est, aux origines, l'Odyssée (qui est aussi beaucoup d'autres choses...), puis Don Quichotte. Mais ça démarre surtout avec Gulliver de de Foë, L'Ile au trésor de Stevenson, et les romans de Walter Scott. C'est déjà plus classe.
Aujourd'hui, il y a un public adulte pour les romans d'aventures, avec, par exemple, les romans de mer d'Alexander Kent, le polar, la SF, le fantastique ; et aussi des romans d'aventures écrits pour les jeunes (Jules Vernes, Harry, SDP, etc, etc, la "frontière" - non dite - étant le tabou du sexe).
Ce qui définit le roman d'aventures, c'est la primauté de l'histoire : il y une histoire, avec un début, des péripéties et une fin. Contrairement à la littérature générale, ou l'écrit, le style, la façon de traiter le sujet prime.
C'est bien sûr, une façon de définir le roman d'aventures, et je la partage


 
Le site devrait aussi fonctionner à deux niveaux :
 
- base de données, donnant de simples informations techniques (bibliographies, monographies d'auteurs, éléments historiques, etc), en partant dans tous les domaines de l'aventure, sans limites dans le temps ou dans l'espace (où commence, où finit la notion de "roman d'aventure" - vaste débat...) ;
 
- lieu de réflexion et de débat critique sur le roman d'aventure(s) et la littérature de jeunesse. Et là, hors quelques thèses universitaires, y a pas concurrence, le sujet est infini et passionnant. Le débat avait déjà commencé sur Birk, mais ce n'était qu'un début. Il faut redémarrer et attirer de nouveaux penseurs. Quand certains auront fini de bouder dans leur coin, ils pourront rejoindre. Y a mieux à faire que de sucer son pouce...


6 - Humour :
quelques  traits glanés au fil des messages:

-  Un palindrome, c'est un texte qui se lit aussi bien de gauche à droite que de droite à gauche, en conservant son sens. Parfois aussi, en prenant un nouveau sens.
C'est l'une des activités préférées des rédacteurs de l'Oulipot (trad : Ouvroir de Littérature Potentielle), revue du (très respectable) Collège de Pataphysique, dont les membres les plus célèbres étaient Boris Vian ou Raymond Queneau, et dont le père vénéré était Alfred Jarry, papa du "Père Ubu".
 

Ils continuent de sévir aujourd'hui, quoique plus discrètement. Leurs activités, purement cérébrales, sont loufoques et inoffensives. Ils pratiquent aussi volontiers, dans leurs délires, le contrepet et la charade à tiroir.
 
L'un de leurs derniers membres célèbre, quoique discret, était Luc Perrin, modeste professeur de maths du lycée de Reims, qui offrait chaque semaine aux lecteurs du Canard Enchaîné une contrepèterie signée La Comtesse :
 

"Le pape arrive à pied par la Chine".
 
Pour revenir aux palindromes, il y a des mots naturellement palindromiques :
ici, non, elle, radar,
des prénoms :
Eve, Anna, Otto,
des villes : Laval...
 
On combinant habilement les mots, on arrive à ce genre de phrase :
 
Et serpent né preste
Revole se lover.
 
Je te laisse décoder (les accents ne comptent pas).
 
Louise de Vilmorin était experte :
 
"L'ami naturel, le rut animal !"
"L'âme sûre ruse mal..."
 
Et pour finir, de la même, pour la clôture du Salon de l'Agriculture :
 
"Eh, ça va la vache ?"
 
 
Et pour la petite histoire :

Ah, Plein Vent, Dieu sait si on a joué à cache-cache avec eux !
 
Voici l'histoire de nos relations, totalement inédite, et donc en exclusivité pour le club :!
Plein Vent a d'abord failli s'appeler Signe de Piste !
Et oui ! Quand Signe de Piste battait de l'aile, à la fin des années 70, Dalens a pris contact avec Robert Laffont, (qui était déjà connu, mais tout de même moins qu'à la fin de sa carrière). Laffont l'a reçu, a écouté la proposition de Dalens de reprendre Signe de Piste, et lui a répondu : " Quel dommage ! J'aurais été ravi de reprendre la collection, et vous avec, mais je viens de m'engager avec un jeune auteur, André Massepain, et nous créons une nouvelle collection, Plein Vent. Je ne peux me désister, je n'ai qu'un parole".
Parenthèse : (pour ceux que le métier d'éditeur intéresse, Laffont avait créé une collection intitulée : "Un homme, un métier" (ou quelque chose d'approchant), dans laquelle un homme racontait son métier. Et Laffont a inauguré en racontant son métier. PASSIONNANT ! Une bible, et tout le métier y est. A rechercher chez les bouquinistes.) Fin de parenthèse.
 
Dans les années 70, quand l'Epi allait mal et n'avait pu me garder, mon père qui connaissait bien Andrei Kedros (c'est à dire André Massepain), lui demande de me recevoir pour voir s'il pouvait m'aider. Quand je lui dis que je viens de SDP et suis spécialisé jeunesse, il me dit d'un air navré qu'il ne peut rien pour moi. Normal, j'aurais été un concurrent à l'intérieur de sa boîte. Et comme SDP avait un sacré prestige, il craignait peut-être pour son épicerie...
 
En 90, quand je suis licencié de Proost-Critérion, l'officine qui avait pris la suite de Begedis chez Media Participation, j'envoie un petit mot à Robert Laffont pour lui dire que je suis libre... (On sait jamais, Plein Vent était mort de sa belle mort...). Il me répond aussi sec : désolé, j'aurais volontiers envisagé quelque chose avec vous, mais je viens de vendre ma maison d'édition à Vivendi Universal, et je prends ma retraite !
 
Quand je vous disais qu'on a passé notre temps à jouer à cache-cache !
 
Alain GOUT





Propos recueillis ou collationnés par Michel Bonvalet  (de 2003 à 2006)

 







 
 

©2006 Michel Bonvalet