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" L'éducation n'est pas dressage-
et il est bien injuste, dans ce souci si pressant de faire de ces jeunes
des "hommes", de projeter sur eux des préoccupations d'adulte...
Le scoutisme, ne l'oublions pas, est une proposition faîte à
un enfant. Une proposition de jeu."
Sandra Pizzo, in Les petits soldats du
Christ
Certains pensent,
dans le grand public comme parmi les spécialistes, que la Hitlerjugend
(HJ) n’a été qu'une imitation nazie du scoutisme.
Or, si la HJ est probablement le mouvement de jeunesse le plus connu au
XXème siècle après le scoutisme, sa réalité
demeure, dans l'espace historique français, assez obscure : peu de
travaux, peu ou pas d'ouvrages originaux. La plupart des textes de références
sont allemands, anglais, américains. Cet article, au-delà de
son intitulé, fournira donc au lecteur un certain nombre de repères,
tant bibliographiques que chronologiques, afin de lui permettre d'appréhender
la réalité de ce mouvement de jeunesse si particulier
La HJ en
France
On peut s'étonner du manque d'information
lorsque on a en tête que la France, en Alsace-Lorraine, à
connu la HJ, ainsi que le système des écoles Adolf Hitler.
Plus étonnant, les enfants ayant été incorporés
de force dans la HJ parlent spontanément du scoutisme , opèrent
un rapprochement, une légitimation de leur adhésion par
la similitude des méthodes[1]
Un groupe
de la HJ dans la France occupée en 1942 , source
La HJ en Europe
Beaucoup d’adultes adultes parfaitement intégrés
dans la société française, dans les sociétés
allemandes, autrichiennes, et dans toutes les anciennes régions
annexées par le IIIème Reich, ont été
formés dans le cadre des Jeunesses Hitlériennes et des
Napola . Des millions de jeunes, filles et garçons, en Europe, entre
1926 et 1945, ont défilé, chanté, joué
sous la croix gammée et l'uniforme des HJ. Il est permis de
s’interroger pour se demander s’il éraient tous nazis, endoctrinés,
fanatiques, ou au contraire s'ils adhéraient à ce système
parce qu'il était l'adaptation allemande et nazie d'un autre
système parfaitement rodé et attractif pour la jeunesse
européenne d'avant-guerre, la méthode scoute ?
Scoutisme et HJ
Le scoutisme lui-même est, de nos jours,
depuis la médiatisation de certaines affaires comme celle de Perros-Guirec,
ou de certaines dérives, parfois associé à la HJ par
un public et des journalistes peu ou pas informés L'amalgame
se fait assez facilement, et si la pertinence est douteuse, le simple
fait de les associer génère tout de même du sens.
Il devient impensable, dans un mouvement de sacralisation forcené
de la jeunesse en oeuvre dans les sociétés occidentales
contemporaines, d'imaginer que des mouvements de jeunes aient pu côtoyer
des idéologies condamnées. Et qu'ils aient pu éprouver
aussi temporairement des sympathies ou des convergences avec ces idéologies
(nazisme, fascisme), ou que les mouvements les plus connotés
politiquement aient pu innover en matière de pédagogie.
Quelle est donc cette parenté entre
ces deux mouvements, et existe-t-elle vraiment ? Leurs buts , leurs
activités, leurs méthodes possèdent-ils donc des
points communs, peut-on y déceler des similitudes ou tout cela ne
relève-t-il que de simplifications grossières ?
La jeunesse a constitué au XX siècle
une cible de choix pour les démagogues et les systèmes
non-démocratiques (nazisme, pétainisme, fascisme dans
les années 20 à 45, communisme, trotskysme, marxisme-léninisme,
maoïsme dans les années 45 à 75 ) à travers
une récupérationde la technique scoute. Alors,
récupération, assimilation, influence ?
Méthode scoute et vision nazie: différences
et similitudes
Les méthodes
Système
HJ, dépassement du scoutisme par la guerre et l'auto-référence
On constate
une similitude des fluxdans les deux systèmes entre l'adolescent,
le monde extérieur et la matrice éducative (adulte +
modèle d'identification). Scoutisme et HJ partagent une même
vision téléologique de l'adolescence et de la jeunesse:
l'objectif n'est pas de permettre à cette classe d'âge d'atteindre
une quelconque autonomie sociale ou plénitude individuelle, mais de
l'insérer dans un projet global (civique et impérial chez
BP, politique et guerrier dans la HJ). En ce sens, ces deux approches
pédagogiques résument bien l'attitude de la première
moitié du XX siècle face à sa jeunesse: elle doit
servir, dans tous les sens du terme.
A côté
de cela, il existe également des différences propres à
la HJ:
Adhésion
L'adulte (dans
l'univers scout ) utilise un certain nombre de mythologies pouvant
entrer en résonance avec le monde intérieur de l'adolescent
(Delsuc, Roland Phillips)[2] et se met au service de son imaginaire,
Il "redevient" adolescent le temps du jeu et permet l' intégration
au passage par le scout d'une "conception du monde" très morale
, destinée à s'incarner dans le monde réel. Le
système ne fonctionne que si l'adolescent adhère librement
à la méthode, et "entre dans le jeu", mais fragilise
les unités, car il faut sans cesse renouveler l'attrait du scoutisme
auprès des adolescents.
L'adhésion
obligatoire dans la Hj (loi du 1er Décembre 1936) se situe entre
la nécessité sociologique ( brassage social type école
obligatoire) et le cannibalisme totalitaire ( pas un individu
ne doit échapper à l' Etat, l'individu n'est rien en
tant que tel...) purement nazi / fasciste. Le scoutisme demande à l'adolescent
de rejoindre une communauté, un Ordre, régi par une loi et
un comportement spécifique, réservé à une élite
(sociale ?) au service de la cité. La HJ impose au jeune allemand
de la rejoindre car elle est censée être la plus pure
expression de la jeunesse national-socialiste, au service du Parti,
puis de l'Etat. L'élite devient celle de la race. Le
scoutisme, s'il encourage l'émulation et la compétition dans
le système des patrouilles, sait également préserver
l'aspiration à l'émancipation et à la liberté
des individus (raid en solitaire pendant 48 heures pour les épreuves
de Première Classe). Au contraire, ainsi qu'en témoigne
Mélita Maschmann, conseillère du Bund Deutscher Mädel
( branche féminine de la HJ ) pour la presse et la propagande,
la HJ enferme l'adolescent dans une obsession compétitive collective
: Chacun de ses membres était doublement uniformisé et réglementé,
dans le service et la tenue extérieurs, comme dans l'idéologie.
Leur vitalité, leur soif d'action, leur ingéniosité
trouvaient toute satisfaction dans des activités d'organisation
bien préparées. La méthode de la direction nationale-socialiste
consistait à présenter toutes ces activités comme
un "match" permanent. L'homme doit se battre toute la vie; il lutte
dans la pratique du sport, comme dans le travail, pour la performance,
l'effort gratuit. Chaque troupe voulait que son local soit le plus beau,
posséder le plus excitant livre de bord, faire les meilleures recettes,
lors des quêtes pour le secours d'hiver[3]
Le jeu pour
le jeu
Dans le scoutisme,
le mode naturel d'expression et d'intégration est le jeu. Même
au plus fort de ses dérives et grandes envolées politico-mystiques
type Père Sevin ou Maurice de Lansaye en France, il se situe
dans le rêve, l'imaginaire, la potentialité onirique:
lorsqu'un scout s'entraîne au lasso, au secourisme, il sait très
bien qu'il a une chance infime d'utiliser concrètement ses compétences
dans une situation réelle.
Le jeu pour
la guerre
Dans la HJ,
la situation est semblable jusqu'en 1939, puis s'impose l'équivalence
jeu = guerre. Ce que les membres de la HJ apprennent ( régler
la circulation, distribution de masques à gaz, tirs, secourisme,
évacuation des blessés...) trouve une utilisation dans
la vie quotidienne. La guerre actualise immédiatement le fantasme
d'aventure et le confronte à une réalité d'une
violence parfois extrême (risques physiques réels pour
l'adolescent). Le but des activités proposées aux enfants
et aux adolescents n'est plus de se former pour devenir un individu responsable
au service de la Cité, mais de devenir un combattant, un défenseur
du Reich[4]. On ne joue plus aux Indiens, les ennemis, plus les années
passent, approchent réellement et il faut résister, se
battre, quelque soit l'âge, contre les Russes, contre les Américains
ou les Britanniques. Le Volkssturm, c'est à dire la mobilisation
de tous, du plus jeune au plus âgé, représente
en 1945 la phase ultime de la militarisation de la société
allemande, et donc de sa jeunesse.
Là se
situe probablement la ligne de rupture fondamentale entre scoutisme
et HJ, BP insistant sans cesse dans son oeuvre sur sa méthode
qu'il définit comme étant l'apprentissage aux garçons
de techniques militaires non plus pour faire la guerre, mais construire la
paix et devenir des citoyens utiles. Après la boucherie de 1914-1918,
sa dimension pacifiste ne cesse de croître.
La dimension
idéologique
La dimension
idéologique reste volontairement floue et pose toujours problème
dans l'approche historique du scoutisme. L'angélisme et la dénégation
( rien de politique dans le scoutisme) s'opposent aux a-prioris réducteurs(
le scoutisme est forcément réactionnaire). Là
aussi, peu de travaux de référence. La réflexion
ne fait que commencer mais on ne peut pas faire abstraction de l'état
des idées politiques et des préjugés sociaux de l'époque
pour comprendre les mouvements de jeunesse dans leur environnement. Une
institution comme l'armée relève de la même problématique,
celle des groupes en démocratie fonctionnant avec des méthodes
non-démocratiques.
En ce sens,
le scoutisme, s'il contient dès l'origine des valeurs non-démocratiques
( élitisme, hiérarchisation,
éducation religieuse...) voire préfascistes ( critique
de la modernité, imaginaire médiéval idéalisé,
mythe de la décadence citadine, culte de l'énergie,
nationalisme... à l'exception de la dimension socialiste [5]),
est né historiquement dans un environnement démocratique
( l'Angleterre du début du XXème siècle ), et
à pris son essor d'abord(mais pas uniquement) dans les pays
de tradition démocratique (Etats-Unis, France, Belgique, Europe du
Nord...).Ce qui explique probablement le fait que ces valeurs préfascistes
ne dénaturent pas la réalité du scoutisme.
Du reste, l'essentiel
de l'univers scout ( et de ses modèles d'identification ) est
contenu dans la méthode de BP indépendamment de tout
système politique précis; ainsi le scoutisme s'accomode-t-il
de la monarchie, de la République, voire de certains régimes
autoritaires. S'il propose une vision de la société,
il n'impose pas sa transformation ou son acceptation inconditionnelle.
Le scoutisme n'est pas une idéologie, mais une méthode
(pragmatique) d'éducation, complémentaire de la famille
et de l'école.
La HJ refuse la neutralité et martèle
sans cesse, dans toutes ses activités et formations, un message
clair et simpliste quant à sa conception du monde raciste, antisémite
et antichrétienne. Ainsi retrouve-t-on dans un document de
travail publié dans une revue du mouvement en 1938, destiné
aux chefs, l'essentiel de son credo: la jeunesse doit savoir que
l'acte le plus important est la conservation, la reproduction et l'amélioration
de la pureté du sang. Elle doit distinguer les races inférieures
des races supérieures, les travailleurs des parasites, et,
plus précisément, les Allemands des Slaves et des Juifs(...)
Le peuple est contre Rome, capitale de l'internationale catholique,
dont la Prusse est l'antithèse (...) La jeunesse doit être
convaincue que depuis la première guerre mondiale, l'Allemagne
est assiégée en permanence. Les Français veulent
la démembrer, les Russes la conquérir et les Anglo-Saxons
la coloniser économiquement. Les ennemis jurés de l'Allemagne
sont: les Juifs, les Franc-Maçons et les Jésuites[6]
Gardons cependant à l'esprit que si
la HJ appartient à l'univers nazi, elle n'intervient jamais
en tant que telle dans la solution finale. La HJ, ce sont aussi des
millions de gosses à qui jamais on ne demande leur avis et qui,
gavés de cette propagande dès leur plus jeune âge, vont
jusqu'à faire le sacrifice de leur vie dans une guerre dont
ils ne saisissent, pour la plupart, ni les causes ni les conséquences.
La décision, en 1947, des Forces d'occupation britanniques, puis
françaises et américaines, d'amnistier tous ses membres
nés après 1919 ( à l'exception des complices de
crimes contre l'humanité) laisse penser que c'est une réalité
évidente à l'époque. La seule piste permettant
de relier la HJ à la politique d' extermination nazie se
trouve probablement dans l'affectation très courante des membres
du service de sécurité de la HJ dans les unités
SS chargés des camps de concentration.
Ce tableau permet
d'observer la proximité des modèles d'identification proposés
par la HJ et le scoutisme dans ses différentes phases historiques
et ceux de la société civile (principalement sous la
forme de mouvements culturels).
Fascination
et déclin du modèle militaire
Scoutisme et HJ partagent la même fascination
pour les modèles mystico-militaires: le soldat et le chevalier.Ces
modèles, confrontés à la réalité des
conflits mondiaux, ont perdu de leur attrait pour les populations jeunes
et ont probablement généré une fausse idée
des mouvements de jeunesse. La contestation commença très
tôt (1909 avec Francis Vane, créant une organisation rivale
après avoir protesté contre la trop grande présence
d'officiers au QG londonien de BP, 1915 avec l' Order of Woodcraft
Chivalry, d'inspiration Quaker ) puisqu'un des arguments de John Hargrave,
fondateur du Kibbo Kift, sorte de scoutisme dissident des années
20 en Angleterre, fut la coloration trop militaire du scoutisme de BP.
La HJ, vaincue comme toutes les organisations nazies, fait perdre au
soldat allemand toute prétention héroÏque et exemplaire
pour la jeunesse. Par contre, dans les pays vainqueurs, en France comme
en Angleterre ou en Belgique, le soldat devient le commando et perdure encore
quinze années comme modèle, avant d'être violemment rejeté,
et par les adolescents, et par leur encadrement, à la suite
des conflits en Indochine et en Algérie.
Indianisme
et chevalerie
L'Indien, progressivement
éliminé de la méthode scoute à partir des
années 30, survit quasi-clandestinement via la totémisation.
Dans la HJ, il semble qu'il y ait des tentatives d'indianisme ( ainsi
les Edelweiss Piraten[8], opposants de la HJ, se seraient d'abord nommés
les Navajos...). On trouve également des histoires d' Indiens
et de Cow-boys dans la littérature du mouvement. Et ce n'est
que vers les années 60 que disparaît définitivement
la référence chevaleresque dans les mouvements scouts
historiques ( elle survit dans la plupart des mouvements scouts traditionnels
tel que la FSE en Europe) ainsi que celle du colon (avec la fin des
empires coloniaux britanniques et français)...
La HJ dans la presse française
d'avant-guerre: Le Crapouillot, Juillet 1933 source
Culte de
la jeunesse
Enfin, dernière
différence mais de taille: la Hj développe progressivement
un culte de la jeunesse et offre ses militants morts au combat comme
modèles (ainsi Herbert Norkus, tué par des militants
communistes le 24 janvier 1932[9]). Le scoutisme, fils en cela du XIX
siècle, propose aux adolescents des héros adultes. La HJ, elle,
renvoie la jeunesse à sa propre image, sa propre dynamique,
anticipe la teenage culture américaine et, avec
l'effet-miroir, crée une autonomie de la jeunesse. Elle devient
une classe en tant que telle, un groupe social, et non plus un
passage entre l'enfance et l'âge adulte.
Promesse
et uniforme
La promesse
La promesse,
fondamentale dans la méthode de BP en permettant à l'adolescent
de devenir volontairement scout et en l'engageant même dans son
avenir, existe aussi dans la Hj. Comparons les textes:
Jungvolk (HJ):
"Sur ce drapeau
du sang qui symbolise notre Führer, je jure de consacrer toute
mon énergie et ma force au sauveur de notre pays, Adolf Hitler.
Je souhaite et suis prêt à faire don de ma vie pour lui,
que Dieu me vienne en aide".
Scouts (SDF):
"Sur mon
honneur, avec la grâce de Dieu, je m'engage: à servir
de mon mieux Dieu, l'Eglise et la Patrie; à aider mon prochain
en toute circonstance; à observer la loi scoute[10]".
La HJ insiste
lourdement sur Adolf Hitler, mais le sens est assez voisin: engagement
et fidélité à sa propre communauté, raciale
et biologique d'un côté (le sang), à la patrie
et à la fraternité scoute de l'autre. L'universalisme (mon
prochain) marque cependant une réelle différence fondamentale,
chrétienne dans la formulation et humaniste dans sa pratique.
Dans la HJ, Dieu n'est plus qu'un vague garant de la vérité
du message nazi, Adolf Hitler le remplace comme objet d'adoration, comme
source de la vitalité germanique, comme incarnation et moteur
du renouveau impérial allemand. Cette dimension païenne
imprègne totalement la HJ et les enfants apprennent par coeur l'histoire
du NSDAP, la marche vers le pouvoir, lisent Mein Kampf comme un nouvel
Evangile. Les Eglises chrétiennes dénoncent cette situation,
cette volonté de fonder une nouvelle religion mais n'y peuvent
pas grand chose. Le culte de la personnalité devient un culte
tout court et tout ce qui peut s'opposer à cela sera étouffé,
brisé, détruit.
L'uniforme
L'uniforme,
enfin, est identique à l'exception du couvre-chef, casquette
ou calot militaire dans la HJ, plutôt que chapeau colonial et
du foulard, porté sous le col de la chemise[11]
Serge Dalens,
dans le roman Le Prince Eric[12] (publié en 1939 dans
la collection Signe de Piste) fait se rencontrer en 1937 une patrouille
SDF et une troupe HJ, et pour les garçons, c'est la même
chose !!! On lui reprochera beaucoup cette scène, mais elle
témoigne d'une évidence pour les Scouts de France de l'époque:
au-delà du politique, les activités et le patriotisme
des deux côtés du Rhin se ressemblent beaucoup, même
si Jean-Louis Foncine campe des Eclaireurs SDF faisant le coup de poing
avec des membres de la HJ dans Le Foulard de Sang...On se reportera
d'ailleurs utilement aux mémoires de Foncine qui, en tant que prisonnier
de guerre, est un des très rares français possédant une
réelle culture des mouvements de jeunesse qui ait approché la
HJ in situ.
Malgré
les différences, la HJ utilise donc les moyens du scoutisme,
et nombre de ses cadres et membres sont des scouts que l'on oblige
à intégrer l'organisation ( de même pour les ligues
de jeunesse et les associations confessionnelles) et qui renforcent l'influence
de la méthode scoute. Les activités de base ( randonnées,
camping, jeux, explorations) sont strictement identiques, particulièrement
dans le Jungvolk (10-14 ans).
Origine historique de la HJ: le mouvement du Wandervogel
Wandervogel autrichien
en pleine activité (1913)...source
Il semble donc bien que la HJ s' inspire très
fortement du scoutisme. Mais, au-delà de Baden-Powell , certains
font remonter ses origines au Wandervogel, mouvement apparu en 1890
et typiquement allemand ( BP prend contact avec le mouvement dès
1908 [13]): il rassemble garçons et filles en de longues randonnées
dans les forêts, au son de vieilles complaintes médiévales.
Sa caractéristique principale consiste toutefois à cultiver
un anti-autoritarisme virulent, conspuant école, parents et
vie bourgeoise. Il semble difficile de pouvoir réellement établir
une filiation entre les deux mouvements, même si nombre de dignitaires
nazis participent dans leur jeunesse aux activité du Wandervogel
(Heinrich Himmler notamment) et que celui-ci soit finalement intégré
dans la HJ. L'autoristarisme, le culte de la hiérarchie, le Fürherprinzip
du mouvement nazi ne peuvent guère s'accomoder des aspirations
anarchisantes du Wandervogel. Baldur von Schirach,chef de la
Jeunesse du Reich jusqu'en 1940, paraphrasant Hitler, disait
aux chefs de la H.J. "qu'une seule volonté dirige le mouvement.
L'autorité d'un chef, du plus petit au plus grand, est absolue;
cela signifie qu'il a un droit illimité de commandement, parce
qu'il en assume toute la responsabilité[14]
Voici donc une proposition de reformulation de cette influence:
La HJ, un
méta-scoutisme ?
La méthode
fait le scout
La Hj est donc
un scoutisme propre à l'Allemagne nazie, utilisant ses méthodes,
récupérant ses membres et ses pratiques, les incorporant
à un univers totalitaire et créant un nouvel organisme.
Cette expérience est une expression du scoutisme en Allemagne
entre 1933 et 1945, un scoutisme historiquement et géographiquement
circonscrit, et non le scoutisme voulu par BP , encadré et
reconnu par une structure internationale.
La HJ est, techniquement,
un scoutisme. Un scoutisme politique, idéologique certes, au
service du nazisme, disposant des moyens gigantesques d'un état
moderne, mais un scoutisme quand même.La spécificité
du scoutisme ne vient ni de son imaginaire, ni de sa culture politique
mais de sa méthode. On devient scout en pratiquant la méthode,
et l'esprit scout, préambule indispensable qui donne
un but et un contenu moral et civique aux activités de plein
air, naît et s'incarne dans ces pratiques. La HJ récupère
cet esprit et le transforme en le détournant en profession de
foi politique, perdant ainsi sa qualité de scoutisme authentique.
Le scoutisme est une praxis, un ensemble d'activités qui
provoquent une structuration, bénéfique à la société,
des tendances violentes et asociales des enfants et adolescents et
non le cadre d'un endoctrinement idéologique ouvertement marqué.
La HJ
annonce les réformes pédagogiques des années 50
et 60
Dès lors
qu'on en utilise l'essentiel, on se rapproche du scoutisme, ou au moins
une forme de scoutisme.C 'est le cas de la HJ. Mais ce qui est
beaucoup plus intéressant, dans son évolution et son
existence (à peine vingt ans) et rarement souligné, c'est de
voir qu'elle anticipe (alors même qu'elle s'éloigne de
l'orthodoxie baden-powellienne) les innovations pédagogiques
type Raiders-Scouts en introduisant des activités dangereuses
ou inaccessibles financièrement aux enfants de la classe moyenne
( sports mécaniques, aériens, transmissions...) ,
comme un dépassement du scoutisme traditionnel et qu'elle institue
également un redécoupage pédagogique de branche
(autour de 14-15 ans). Ce fameux redécoupage adopté par
la plupart des associations à partir des années soixante
et qui provoque alors un schisme européen. Elle accepte aussi
l'émergence d'une revendication sexuelle des jeunes adultes et
est la première à subir la concurrence de la musique populaire
comme vecteur de l'identitié de la jeunesse ( Edelweiss Piraten
et groupes de swing) au détriment du modèle autoritaire.
Le méta-scoutisme
La HJ n'est
donc plus un scoutisme stricto sensu, ni une imitation politique
du scoutisme mais un méta-scoutisme, un au-delà
du scoutisme, un sur-scoutisme au sens nietzschéen de surhumanité,
participant d'une vision adolescente, romantique et globale du monde,
soutenue par une société totalitaire qui amplifie son
impact tout en la coupant de la réalité sociale et géopolitique
de l'époque. Des tentatives de résurgence réapparaissent
sporadiquement dans les milieux d'extrême-droite (Neue Hitlerjugend
en Suisse dans les années 80, dérive fascisante de troupes
scoutes traditionalistes, mouvement de jeunesse liés à
la Nouvelle Droite française...) mais la Hj ne peut exister en dehors
de l'état national-socialiste allemand disparu en 1945..
En poussant
dans ses retranchements la méthode scoute, la HJ débouche
sur
--le nihilisme
et la destruction (Werwolf[16]
--l'épuisement
des modèles d'identification de la jeunesse européenne
d'avant-guerre
--constate et rend
attractive auprès des adolescents politiquement, et ce dès
les années 40 la marketisation de la jeunesse via la
musique américaine associée à la liberté
sexuelle (farouchement niée et combattue par le scoutisme traditionnel)
--sa propre annihilation.
On pourrait donc définir le méta-scoutisme ainsi:
-- même cible que le scoutisme traditionnel (mais)
--pas de référence
directe au scoutisme
--intégration
ou interdiction des mouvements scouts et assimilés
--utilisation
de tout ou partie de ses activités, modernisation des activités
--débouche
sur une Weltanschauung et son incarnation sociale et politique
(modèle de société)
--fait de la
jeunesse son propre référent
La HJ, accélérateur
de vieillissement du scoutisme
On peut
avancer comme hypothèse que la HJ est sans doute un accélérateur
de vieillissement de la méthode scoute d'avant-guerre. En
projetant cette pratique et cette pédagogie dans un univers
irréel, confronté à un conflit terrifiant et à
un délire politique destructeur sans équivalent et en la coupant
de sa morale ( promotion du bien public, service
désintéressé, fraternité, humanisme), elle
pousse l'instrumentalisation de la jeunesse jusqu'à en faire
le dernier rempart physique d'un régime totalitaire en voie d'anéantissement.
Ce faisant, elle brise la confiance dans les mouvements de jeunesse
en Europe (de même que les compromissions de certains mouvements
le font en France avec Vichy).
Finalement,
cela veut peut-être dire bien des choses, de faire porter un
uniforme à des enfants, ce n'est peut-être pas si innocent...Cet
argument, utilisé par les adversaires du scoutisme dès
ses débuts, prend ici un sens nouveau et difficilement contestable
dans le cas de la Hitlerjugend. Et si la HJ disparaît, l'ensemble du
scoutisme mondial doit encore supporter cette suspicion...
Cette stratégie
d'instrumentalisation de la jeunesse se poursuit d'ailleurs de nos
jours et ce ne sont plus les partis ou les états, mais les entreprises
et les agences de marketing qui assurent la relève et reprennent
à leur compte la découverte pédagogique fondamentale
de Lord Robert Baden-Powell: pour toucher les adolescents, il ne faut pas
leur imposer de l'extérieur un comportement, mais susciter,
à l'aide de modèles d'identification une demande
intérieure. Cette science de l'adhésion intime de l'adolescent
existe chez les primitifs et dans les sociétés pré-modernes
et sans doute faut-il parler de redécouverte...
Il serait intéressant
d'utiliser ce concept de méta-scoutisme et de jauger sa pertinence
avec des mouvements type FDJ (Freie Deutsche Jugend, mouvement de jeunesse
officielle de la RDA), Ballila, Coeurs Vaillants, Faucons Rouges...Dans
le cas de la HJ, lui seul permet de considérer l'exception HJ
et sa nature composite , à savoir un mouvement de jeunesse d'Etat,
influencé par le scoutisme, pillant ses innovations, sa méthode
et ses techniques et finalement disparaissant pour ne pas avoir su
en saisir l'essence.
Annexe 1 : repères chronologiques
Allemagne
Juillet 1926
: création de la Hitlerjugend, chef : Kurt Gruber.
19/20 Août
1927 : 300 HJ, sous la direction de K.Gruber, participe au rallye de
Nuremberg, reconnaissance du mouvement par Hitler.
1929 : la HJ
devient l'unique organisation de jeunesse officiellement rattachée
au NSDAP.
Juillet 1930
: création du BDM (Bund Deutscher Mädel, ligue des jeunes
filles allemandes).
Octobre 1930
: Baldur von Schirach succède à Gruber et devient le
chef officiel de la HJ.
13 Avril 1932:
interdiction de la HJ par le gouvernement de la République de
Weimar.
Juin 1933 :
Baldur von Schirach est nommé chef de la Jeunesse du Reich (Reichsführer).
7 Octobre 1934:
création du service obligatoire des jeunes à la campagne.
Décembre
1936: l'appartenance à la HJ devient obligatoire pour les jeunes
de 10 à 18 ans.
Mars 1939 :
nouvelle loi renforçant celle de Décembre 1936
Août 1940
: Arthur Axmann[17] remplace Baldur von Schirach à la tête
de la jeunesse du Reich.
Automne 1940
: la direction nationale introduit le tir et les manoeuvres militaires
dans les activités des garçons à partir de 10
ans (auparavant, cela ne concernait que les 14-18 ans).
13 Mars 1942
: création, sur ordre d'Hitler, de camps d'entraînement
militaire pour la HJ, avec période obligatoire de trois semaines
pour tous les garçons entre 16 et 18 ans.
26 Janvier 1943
: création de la 12ème SS-Panzerdivision Hitlerjugend[18]
La division
HJ est envoyée sur le front de Normandie
25 Septembre
1944 : création du Volkssturm, où sont versés
les membres de la HJ.
Février
1945 : création des Werwolf (utilisation des enfants de la HJ
pour des actions de sabotages au-delà des lignes ennemies sur
le sol allemand).
8 Mars 1945
: la division HJ se rend à la 7ème armée américaine.
1er Octobre
1946 : Baldur von Schirach est condamné à 20 ans de prison
au procès de Nuremberg.
1947: les membres
de la HJ nés après le 1er janvier 1919 sont déclarés
irresponsables ( sauf participation à des crimes contre l'humanité)
par les autorités d'occupation britanniques, puis françaises
et américaines.
France
(Alsace-Lorraine )
1er Septembre
1940: 1ère inscription dans la BDM à Rombas.
Début
Septembre 1940 : 25 HJ et 25 BDM à la première manifestation
de la jeunesse du Reich à Rosselange.
Octobre 1940
:153 jeunes filles recencées à Rosselange en vue de leur
intégration à la BDM.
2 janvier 1942:
l'adhésion sur la base du volontariat étant un échec,
elle devient obligatoire pour tous les jeunes entre 10 et 18 ans en
Alsace ( amende prévue pour les réfractaires: 150 Reichsmarks).
4 août
1942: adhésion obligatoire en Moselle.
1945: Fin de
la HJ en France avec la Libération.
Annexe 2 : l'organisation de la Hitlerjugend[19]
Garçons
Hitlerjugend (nom générique)
Deutsches Jungvolk (de 10 à 14 ans)
Hitlerjugend
(branche 14-18 ans, parfois rebaptisée HJ_Kernel)
Filles
Bund Deutscher Mädel (nom générique)
Deutsche Jungmädel (de 10 à 14 ans)
(de 14 à
17 ans)
Foi et Beauté(BDMW-Glaube und Schönheit) (17
à 21 ans)
Structures territoriales
Garçons
Kameradschaft
(10 à 15 garçons) équivalent de la patrouille
scoute
Schar (3 Kameradschaften
, 50 à 60 membres) équivalent de la troupe
Gefolgschaft
( 3 Scharen , 150-190 membres)
Unterbann (4
Gefolgschaften, 600-800 membres)
Bann ( 5 Unterbanne,
3000 membres)
Oberbann (5
Banne , 15000 membres)
Les 223 Banne
sont regroupées en42 Gebiete
chaque Gebiet
75,000 membres
Les 42 Gebeite
sont regroupés en 6 Obergebiete, chaque Obergebiete 375000
membres
Effectifs entre 1923-1939 (toutes branches confondues)
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1923
1,200
1924
2,400
1925
5,000
1926
6,000
1927
8,000
1928
10,000
1929
13,000
1930
26,000
|
1931
63,700
1932
99,586
1933
(la
HJ devient obligatoire)
2,292,041
1934
3,577,565
1935
3,942,303
1936
5,437,602
1937
5,879,955
1938
7,031,226
1939
7,287,470
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Notes:
[8]Groupes de jeunes réfractaires à la HJ, essentiellement
dans des grandes villes comme Cologne, Essen, Dortmund ou Duisburg.
Plus proches de la bande que de l'organisation politique, ils participèrent
à des actions de sabotages et de résistance. On estime
à plusieurs milliers de garçons et filles leur effectif
entre 1938 et 1945. Certains furent pendus par la Gestapo. Ils préféraient
le jazz et la chanson aux activités martiales de la HJ, et un
de leur cri de ralliement était: guerre éternelle à
la HJ !Histoire détaillée in: Matthias von Hellfeld
et al. Piraten, Swings und Junge Garde,Jugendwiderstand im Nationalsozialismus,Verlag
J.H.W. Dietz Nachf. 1991
[9] sur le film
Le jeune hitlérien Quex Anke Steinborn Hitlerjunge Quex,
Wahlpropagandistische Filme des Nationalsozialismus, Humboldt Universitat
zu Berlin, 2002 ainsi que
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L'officier comme modèle d'identification
(
source: Randall Bytwerk )
"Tous les enfants de dix ans
dans la HJ..."
(
source: Randall Bytwerk )
La SS, aboutissement naturel
de la HJ
(
source: Randall Bytwerk )
Jeunes filles en uniforme 1
Jeunes filles en uniforme 2
(
source: Randall Bytwerk )
Eclaireurs allemands en 1925
source
1938
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