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Qu’est-ce donc
que le paléo-scoutisme ? Tout simplement l’étude des temps
historiques du scoutisme, ces origines, ces acteurs historiques, ces fondements
et balbutiements....
Commencée par boutade au
détour d’un email, cette définition s’impose de plus en
plus pour définir cet objet historique, de fascination ou de
répulsion, selon l’histoire ou l’idéologie de chacun...
Le scoutisme est officiellement
né en 1907, lorsque Robert Baden-Powell organise le premier camp
scout sur l’île de Brownsea ( Jean-Louis Foncine raconte tout cela
très bien dans les premiers chapitres du malheureusement très
difficile à se procurer Scouts du Monde Entier, chez
Bias, Paris, 1955).
Cet officier anglais synthétise
un certain nombre d’idées ou d’initiatives alors dans l’air:
il amalgame l’indianisme de Ernest Seton, un américain fou de
culture indienne et de dessin, l’encadrement paramiltaire à l’oeuvre
dans un certain nombre d’organisation telles que les Boys brigades en
Angleterre, et sa propre expérience de la guerre des Boers en
Afrique du Sud alors joyau de l’ Empire britannique, où il a
vu ce que l’on pouvait tirer d’adolescents dégourdis et n’ayant
pas froid aux yeux dans une situation difficile.
Ce sont
les premiers Eclaireurs, groupes de gosses adoptant les techniques des avant-gardes
de l’armée durant le siège de Mafeking et qui vont devenirs
légendaires dans la perfide Albion, puis dans le monde entier.
En Angleterre, tout le monde voit
vite l’intérêt de la méthode de BP et le mouvement
se développe très vite: les troupes naissent avant la
première guerre mondiale. On assiste également aux premières
scissions, une des grandes spécialités de l’organisation
scoute ( j’ai longtemps pensé que c’était une prérogative
française): en 1909 Francis Vane, un officier travaillant au
Quartier Général des Boys-Scouts, déplore l’influence
trop grande à son avis de l’institution militaire (comme quoi...)
, fonde et préside les British Boys Scouts, puis absorbe les
Boys Life Brigade et tout ce joli monde devient les National Peace Scouts
qui disparaîssent très vite, faute de moyens financiers.
Il est également
à l’origine des premières troupes scoutes italiennes. Vane
reste emblématique de ces originaux que le scoutisme attirera tout
au long de son histoire, trop individualistes pour durablement rester
sous la férule de BP, qui n’aurait de toute façon guère
toléré l’antimilitarisme, le pacifisme et l’anticolonialisme
qui iront s’acroissant avec le temps chez son ancien collaborateur.
(plus d’info sur ce sympathique personnage qui aide également les
suffragettes sur le site http://www.wcml.org.uk/vane.html).
En France,
Nicolas Benoit, un officier français part en mission officielle pour
étudier ce qui semble être une nouvelle forme de préparation
militaire. A son retour, séduit, il participe à la fondation
des Eclaireurs de France, puis meurt en 1914 à la tête
de ses hommes. Le scoutisme commence donc en France d’abord sous sa
version laïque.
Après la Grande Guerre,
les catholiques se décident à fédérer différentes
initiatives nées ça et là au gré des enthousiasmes
individuels osant braver la réputation de protestantisme et de
franc-maçonnerie que le clergé français, toujours à
la pointe du progrès pédagogique, fait au scoutisme à
Paris et à Rome. Je ne peux m’empêcher de citer Pierre
Delsuc, grand idéologue Scout de France et merveilleux auteur
Signe de Piste ( souvenez-vous de Jovanni ou Port-Sterval
), dans son ouvrage fondamental Etapes, technique de classe des
SDF (La Hutte, Lyon, 1943, page 330) qui décrit parfaitement
la genèse de cette galaxie qui donnera naissance, in fine,
au Signe de Piste:
Dès
1910 naît une troupe d’Eclaireurs de France. En 1911 une troupe d’Elaireurs
Unionistes (c’est à dire protestants) . Le mouvement est lancé. Son principal animateur
est, pour les EDF, le lieutenant de vaisseau Nicolas Benoit, celui des
EU est le pasteur Williamson. Ils font déjà pratiquer
un bon scoutisme (ce
qui signifie en clair, ils ont beau ne pas être catholiques,
ils s’en sortaient pas si mal...) . Leurs éclaireurs reçoivent une
formation d’estafettes. D’ ailleurs, pendant la guerre de 1914, EDF et EU
rempliront vraiment des rôles d’hommes de liaison, à l’exemple
des garçons de Mafeking.
En 1911, une association catholique
naît dans les Alpes-Maritimes, avec l’Abbé d’Andréis.
BP vient à Paris.
Jusqu’à
la guerre, les EDF et les EU s’organisent, tandis que les troupes catholiques
restent locales et différentes les unes des autres. Dès 1913,
une troupe fonctionne à Bourg-en-Bresse. A Paris, plusieurs organisations
portent des noms magnifiques: il y a les Intrépides (en 1913),
les vaillants Compagnons de Saint-Michel (1915) avec chemise blanche
et béret alpin blanc; les Entraîneurs Catholiques de Saint-Honoré-d’Eylau
(1916) qui portent la veste kaki et le chapeau avec un bord relevé.
Histoire amusante que celle de cette troupe: à Saint-Honoré
d’Eylau, un jeune garçon de treize ans, Paul Coze, qui a fait
du scoutisme en gypte, trouve qu’on s’ennuie et qu’il faut changer ça.
Il va trouver l’ Abbé Cornette, son vicaire, et lui montre le
livre Eclaireurs qu’il a ramené de là-bas. L’
abbé Cornette en parle à Edouard de Macedo, qui est un dirigeant
des oeuvres catholiques de la paroisse( Et un proche des milieux d’Action Française,
via un certain Maurice de Lansaye, alias jacques michel, premier directeur
du SDP...) . Tous deux
sont enthousiasmés. Nous les retrouverons ainsi que notre garçon
dans quelques années.
Au Creusot il y a aussi
une troupe, la Milice Saint-Michel. Tous ces scouts ne pratiquent pas
toutestles activités car leur scoutisme n’est pas encore au point.
En 1919 le père Sevin
qui a fondé la 1ère Lille et qui a étudié le
scoutisme de BP se (sic) rencontre avec les dirigeants de Paris(le père Sevin est jésuite, et non pas un abbé
“ ordinaire ” comme Cornette, dont l’une des particularité était
d’être infirme des deux bras suite à une intoxication et
qui ouvrait les portes de son église avec les épaules.). Les trois troupes de paris et les six troupes
de Lille fusionnent. Elles comprennent trois cents garçons. (...)
L’association des Scouts de Ffrance est née. C’est le 25 Juillet 1920(en réalité, ce rassemblement des
troupes scoutes catholiques porte d’abord le nom de fédération
catholique nationale des Scouts de France, et l’ordre des mots n’est
pas fortuit...) .
Voilà, l’aventure
est lancée: Paul Coze, le flamboyant Paul Coze comme disait
Pierre Joubert, amène un souffle extraordinaire à la jeune
association, et sera, avec Guy de Larigaudie, l’un des très rares
véritables héros scouts issu de l’association, accomplissant
dans sa vie d’adulte le rêve de ses treize ans. Nous le retrouverons
nous aussi dans une prochaine livraison de ma palpitante série
sur le paléo-scoutisme !
Le père Sevin lui construit
jour après jour le mouvement, créant l’uniforme, rédigeant
la Loi, écrivant les chansons de marche et de veillée,
rassemblant les énergies, défendant le scoutisme devant sa
hiérarchie lorsque les intégristes de l’époque médisent
et calomnient. Il trouve encore le temps de rédiger des ouvrages
de réflexions sur la pédagogie scoute. Mais il en fait
trop, et à force d’être partout, on ne le supporte plus:
ses critiques de l’indianisme, trop païen à ses yeux, provoquent
en partie le départ de Paul Coze , alors Commissaire National
Eclaireur, en 1934. Lui parle du dévoiement du mouvement, de la main-mise
du clergé qui rêverait de transformer tous ces petits
scouts en militant de l’ Action Catholique.
Et puis le grand projet du père
Sevin, c’est de fonder un Ordre Scout; le voile tombe et les cadres
SDF découvrent avec stupeur le véritable but de Sevin:
créer une confrérie religieuse, renouer avec le mythe du
Moine-Chevalier. Sevin a-t-il été enivré par le délire
néo-médiéval qui sévit dans toutes les
troupes SDF, où des gosses de 16 ans sont adoubés Chevaliers
de France, où l’on rêve d’une France du XIIIème
siècle ressuscitée, avec ses hiérarchies, rites
et fantasmes?
A l’époque,
certains disent que si les aumoniers sont proches du Sillon (mouvement catholique
de Marc Sangnier à tendance démocratique), les chefs sont quasiment
tous d’Action Française, malgré la condamnation papale de 1924.
Les Scouts de France dérivent déjà, entre nostalgie
du Roy et rechristianisation de la société.Le scoutisme,
alors révolutionnaire en matière de pédagogie,
se tourne déjà vers un passé révolu et
qui annonce bien des errements dans la décennie qui vient...
En 1936, le père Sevin est
remercié et redevient simple aumonier. Puis ce sera au tour
d’Edouard de Macedo de s’éclipser discrètement. Une page
se tourne. La génération des Joubert, Foncine et Dalens arrive.
Ce dernier se souvient du camp
de Juillet 1931 en Alsace pour jeter l’ébauche de ce qui deviendra
le Bracelet de Vermeil.Foncine et Joubert sont chefs SDF à Paris
. Ils fréquentent eux aussi Maurice de Lansaye, ancien intendant de
la troupe de Joubert dans les années 20 et qui s’occupant d’une
collection de romans scouts chez J.de Gigord, repère Guy de
Larigaudie et lui commande Yug. C’est un succès. Il publie lui
aussi, et Les aventures du roi de Torla, quasi illisibles de
nos jours, font se pâmer Yves de Verdilhac.
Si Pierre
Delsuc a écrit en 1927 chez Spes le premier roman scout catholique
La rude nuit de Kervizel, c’est à Maurice de Lansaye
/ Jacques Michel que revient de lancer ce qui va devenir une aventure
hors du commun, l’invention d’un genre nouveau, la littérature
scoute...
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