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PAROLES DE SCOUT 3
IV. LE DEBARDEUR par Francis Maire
Je descendais donc des Hauts de Chaumont en fin de matinée
par une courue quelque peu pentue, lorsque je me trouvai face à face
avec un énorme engin monté sur roues, que l’on appelle débardeur,
et qui sert à descendre les fûts des sapins abattus, vers la
vallée.
En l’occurrence cet engin ne pouvait bouger, bloqué
qu’il était par une pierre, que dis-je une pierre ? Un roc, une montagne.
Enfin n’exagérons pas trop quand même. Les forestiers étaient
bien embêtés, et m’expliquèrent que le démarreur
étant cassé, il ne leur restait plus qu’à pousser l’engin
dans la pente, mais que la pierre bloquait ? Je devais avoir l’air terriblement
costaud, car ils me demandèrent de les aider à pousser, et
je faillis éclater de rire, croyant à une plaisanterie.
Ne voulant pas les vexer, je m’attelai à la tâche
et poussai, ou fit semblant. Après quelques minutes d’efforts absolument
vains, je suggérai de faire rouler la pierre à l’aide de quelques
rondins, outils que nous avions à profusions. Deux minutes plus tard,
le moteur ronflait sous les sapins et le débardeur reprenait son
service interrompu.
On vous emmène à la vallée, me proposa
le conducteur. On vous a fait perdre du temps.
OK, je grimpe.
Et me voici installé à cheval sur le capot
de l’énorme moteur. Impression fantastique lorsque s’annonce une
brusque descente où je me retrouve juché à quatre ou
cinq mètres au-dessus du sol. Sensations garanties.
Je n’étais pas au bout de mes peines ; arrivés
dans la vallée, les bûcherons m’expliquent qu’ils ne peuvent
s’arrêter, de peur de caler, ou que leur patron ne les entendent.
Il va donc falloir que je saute en marche, sans tomber entre les roues,
ni me faire lacérer par les troncs d’arbres accrochés derrière
l’engin. Je suis souple, je parvins facilement d’un bond à gagner
le bord du chemin creux. Il n’en fut pas de même pour mon sac ! Surpris
par son poids, le bûcheron manqua son lancer. Le sac se retrouva sous
une roue, et je le récupérai heureusement sans trop de casse.
Mes gamelles étaient cabossées, mon réchaud n’avait
pas explosé, et mon munster, ayant trouvé un orifice soudain
dans son emballage, se prélassait mollement dans mon sac de couchage
!
Après mes mésaventures de débardeur,
mon pas me mena tout droit dans un camp de Scouts, près du village
de Luvigny.
©2004 Francis Maire
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